Entretien Voyage aux frontières de la vie de Nathalie A. Cabrol

Christelle Chandanson Librairie Elkar (Bayonne)

Petite, elle se voyait marcher sur la lune. Finalement, sans renoncer à ses rêves, c’est sur Terre qu’elle contribue à la recherche pour l’exploration spatiale. Forte de ses années de pratique d’astrobiologiste pour la Nasa, Nathalie A. Cabrol livre son parcours étonnant, de Paris aux États-Unis.

Vous êtes astrobiologiste, mais la plupart de vos explorations ont lieu sur notre planète. En quoi la Terre fournit-elle des informations sur la vie extraterrestre ?

Nathalie A. Cabrol - De nombreux environnements extrêmes sur notre planète, comme les pôles, la haute altitude, les profondeurs océaniques, les sources hydrothermales, les environnements radioactifs, pour n’en citer que quelques-uns, présentent de bonnes analogies à certains environnements planétaires du système solaire. C’est pourquoi nous les explorons avant de préparer des missions pour comprendre quels types d’instruments mettre à bord (et leur résolution spatiale et spectrale), quel genre de traces physico-chimiques ou même biologiques (dans le cas de la recherche de la vie) nous pouvons envisager de trouver. C’est là que nous testons les technologies et les concepts de missions.

 

Vos expéditions scientifiques vous ont menée dans des lieux aux conditions extrêmes. Quel site vous a tout particulièrement marquée ?

N. A. C. - Ils laissent tous une empreinte en moi mais le volcan Licancabur est certainement celui qui m’a le plus marquée. Cinq ascensions à près de 6 000 mètres, des plongées en apnée et avec recycleur dans son lac au sommet restent des expériences inoubliables.

 

Vous avez accompagné le développement de robots sentinelles sur les problématiques du changement climatique terrestre qui ont également permis de tester du matériel pour les missions spatiales. Vos recherches ont-elles des champs d’application très variés ?

N. A. C. - En fait, c’est dans le sens inverse. C’est le développement de concept de missions pour le système solaire qui nous apporte des solutions pour notre planète. C’est une partie de ma recherche à laquelle j’attache beaucoup d’importance et que je compte étendre encore davantage dans les années à venir. Les systèmes autonomes que nous créons par exemple pour l’exploration de Titan sont directement applicables à la surveillance du climat sur notre planète. Basés sur l’intelligence artificielle, ils permettent de comprendre bien plus rapidement la norme environnementale, les déviations à cette norme et de vérifier si des tendances se répètent. Nous sommes dans une course contre la montre avec la perte de notre environnement et nous espérons que ces nouvelles méthodes de surveillance nous permettront de gagner un peu de temps et de trouver des solutions pour améliorer le futur des générations à venir. En dehors de mes propres recherches, la recherche spatiale et planétaire a des retombées partout dans la vie de tous les jours, bien plus que les gens ne peuvent l'imaginer. De la médecine à la nourriture pour bébé, du Lasik aux bandes antidérapantes sur la route ou les trottoirs !

 

Assez rapidement, votre livre s’ouvre sur votre discours prononcé aux Nations Unies dans le cadre de la Journée internationale des femmes et des jeunes filles de sciences. Votre parcours est une histoire de femme qui a su se frayer un chemin dans un monde de sciences dominé par les hommes. Sentez-vous une évolution du milieu ?

N. A. C. - Oui et non. Il y a certainement plus de jeunes femmes qui débutent dans la carrière. De ce côté-là, le nombre augmente et c’est une bonne chose (je parle pour les États-Unis évidemment puisque c’est là où je vis). Mais, bien souvent, les femmes doivent choisir entre la maternité et leur carrière. Même si les hommes sont plus impliqués désormais, pour les enfants en bas-âge, cela reste un problème. Il n’y a pas vraiment de solutions au niveau des gouvernements pour aider ces femmes à mener de front les deux. Il y a encore beaucoup de progrès à faire.

 

Vous portez un message d’espoir et de persévérance : croire à ses rêves d’enfant. Il était essentiel pour vous de faire de votre passion votre boussole ?

N. A. C. - Ce qui m’a permis de garder le cap quand tout était si incertain, c’est de penser que, quoi qu’il arrive, si je continuais à avancer, si je m’autorisais à croire en moi et si je gardais ma passion intacte, alors les choses finiraient par arriver. Mes réussites se sont maintes fois produites au moment où je m’y attendais le moins. Je dis souvent que l’on « manifeste » sa réalité et cela doit commencer chaque jour, en se disant au lever que l’on va faire quelque chose de positif, même infime, quelque chose qui va nous mettre sur la bonne voie. Ce n’est pas tous les jours faciles mais cela fait partie du chemin. Ce ne sont pas les épreuves que nous affrontons qui nous définissent mais comment nous y répondons.

 

À propos du livre
Aventurière discrète et pragmatique, Nathalie A. Cabrol retrace son parcours avec sincérité, pédagogie et enthousiasme. Avec elle, l’aventure est autant humaine que scientifique. Elle nous emmène ainsi à la découverte des volcans du Chili, dans les grands lacs d’altitude, mais aussi dans les centres de contrôle des missions spatiales suivre les progrès de la robotique. Son grand amour pour Edmond, sa passion pour la plongée, les difficultés à trouver sa place quand ce que l’on veut faire n’existe pas encore... c’est une vie entière qu’elle nous confie avec énergie. Ce récit personnel est une manière de partager son amour de la science et surtout de montrer que la persévérance porte ses fruits.

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