Dossier Harry et moi de Niki de Saint Phalle

Christine Lemoine Librairie Violette and Co (Paris 11e)

À l’occasion de l’exposition Niki de Saint Phalle au Grand Palais, qui se poursuit jusqu’en février, plusieurs livres ont été édités ou réédités. Parmi ceux-ci, saluons l’heureuse initiative des éditions La Différence qui, avec deux beaux ouvrages, donnent directement la parole à l’artiste.

La Différence avait déjà publié Mon secret, un texte écrit de la main même de Niki de Saint Phalle où elle révélait l’inceste que son père lui avait fait subir quand elle avait 11 ans. Dans Traces, elle raconte son enfance et son adolescence jusqu’à sa rencontre avec Harry Mathews. Cette relation et leur vie de famille font l’objet du deuxième livre Harry et moi. Les deux livres alternent textes typographiés et calligraphiés, dessins, photographies d’archives colorisées et commentées par Niki. Dans le second livre, on lira les réactions de Harry aux souvenirs de Niki. Niki de Saint Phalle est une artiste dans l’âme. Le récit de sa jeunesse, adressé à Jean, son frère aîné « tant aimé et tant craint », livre des moments clés qui l’ont forgée et qui influenceront ses œuvres : « En moi l’enfant et l’artiste sont indissociables ». Née en 1930 d’un père français et d’une mère appartenant à la grande bourgeoise américaine, Niki s’oppose très tôt à son milieu, particulièrement à sa mère-belle, mondaine et stricte. « Je suis une guerrière », dit-elle, et « J’ai décidé très tôt d’être une héroïne ». Déjà enfant, les cauchemars l’assaillent, elle est fascinée par les monstres. Mais c’est aussi l’époque où elle acquiert une discipline qui lui permettra d’être une acharnée de travail. Elle prend l’habitude des déplacements entre la France et les États-Unis et restera fidèle, adulte, à une vie nomade. Elle observe la rue de New York : « c’est à elle qu’[elle] doit de pratiquer un art populaire », elle fait du théâtre, commence à dessiner. Traces est un livre fascinant par sa sincérité, foisonnant de pistes qui font mieux comprendre l’art protéiforme de Niki de Saint Phalle. Timide dans la vie, elle dit pourtant : « Je montrerai tout, mon cœur, mes émotions, le vert, le rouge, le jaune, toutes les couleurs. Je montrerai aussi ma peur, ma rage, mon fou rire et ma tendresse dans mon travail […]. Mon art me permettrait de me montrer sans masque ». Harry et Moi raconte la suite, une jeunesse marquée par une vie de famille qu’elle abandonnera dix ans plus tard pour se consacrer à son art. Niki et Harry, le futur écrivain, se marient très jeunes, ont une fille et déménagent à Paris où ils se mêlent au milieu artistique d’avant-garde des années 1950. Ils voyagent beaucoup en Europe et c’est une époque de liberté, d’insouciance et de souffrance. En 1953, Niki est internée en hôpital psychiatrique et c’est là qu’elle commence à peindre et à faire des collages qui annoncent ses œuvres futures. Plus que le traitement médical, c’est l’art qui la sauve : « sans lui, il y a longtemps que je serais morte ». De retour chez elle, autodidacte, elle expérimente seule le dessin, la sculpture et la peinture, des œuvres de jeunesse reproduites dans le livre. Elle visite quantité de musées et note ses influences, de Goya à Pollock. Mais elle tombe gravement malade après la naissance de son fils, tandis que se profile la fin de son mariage. Piquée par une amie qui lui dit qu’elle est « une femme d’écrivain qui fait de la peinture », elle réagit avec « le désir de prouver à la terre entière que [son] œuvre a la même légitimité que […] celle de n’importe quel autre artiste qui expose et vit de son art ».

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