Chronique Ainsi soit Benoîte Groult de Catel

Christine Lemoine Librairie Violette and Co (Paris 11e)

Après Kiki de Montparnasse et Olympe de Gouges (Casterman), dont les scénarios étaient écrits par José-Louis Bosquet, l’auteure de bande dessinée Catel s’attaque, en solo cette fois, à un nouveau personnage de son propre panthéon : une femme bien vivante, née en 1920, figure du féminisme qui a marqué des générations avec Ainsi soit-elle.

Benoîte Groult n’aime pas la bande dessinée, elle l’annonce en couverture. Quand Catel vient l’interviewer en 2008 pour les besoins d’un reportage dessiné, Benoîte déclare d’emblée que faire de la bande dessinée, c’est vraiment une drôle d’idée, elle qui en est restée à Bécassine et aux Pieds Nickelés. Pourtant, elle va se prêter de bonne grâce au projet qui commence à peine à se former : lui consacrer un roman graphique. Alors que Catel travaille encore à son roman graphique sur Olympe de Gouges, à laquelle Benoîte Groult a d’ailleurs consacré un livre, une amitié naît au fil de leurs rencontres entre la dessinatrice et la dynamique nonagénaire. C’est donc à un double récit que nous convie l’auteure : celui de la vie passée de Benoîte Groult et celui de sa vie actuelle, dont fait désormais partie Catel. Le livre, organisé en chapitres chronologiques correspondant aux rendez-vous entre les deux femmes, nous emmène dans les différents lieux fréquentés par Benoîte. De sa maison de Hyères à celle de Doëlan, en Bretagne, en passant par son appartement de Paris, chaque maison est chargée d’histoire. Benoîte Groult a grandi dans un milieu artistique. Sa mère, qu’elle admirait mais dont elle ne se sentait pas proche, dessinait des vêtements et avait son propre atelier de couture ; elle entretenait une relation amoureuse avec la peintre Marie Laurencin. Son père, avec qui elle partait à la pêche et qui la comprenait mieux, était devenu décorateur. Se sentant beaucoup plus conformiste que sa mère, elle qui se prénommait alors Rosie (elle a changé de prénom une fois adulte) s’est d’abord orientée vers l’enseignement. Après deux mariages, dont le dernier, désastreux, avec Georges de Caunes, elle acquiert son indépendance, élève ses enfants, rencontre Paul Guimard avec qui elle va vivre une relation ouverte jusqu’à sa mort, et s’implique à sa manière dans le combat féministe. Catel, le carnet de dessin constamment en main, transforme en images les souvenirs, mais aussi les rapports de la Benoîte d’aujourd’hui avec ses filles, ses éditeurs ou ses amis. Elle croque à la fois des personnages célèbres que l’on reconnaît aisément, tels François Mitterrand, Françoise Giroud ou Yvette Roudy, et les proches de Benoîte Groult dont elle cerne la personnalité en quelques traits. Elle rend compte d’une plume légère de l’énergie et de la joie de vivre de son héroïne, qui, pourtant, n’hésite pas à s’indigner et à prendre la parole publiquement, et souvent avec une pointe d’humour, contre les injustices des conditions de vie des femmes, elle qui a subi plusieurs avortements clandestins. Les pages sont émaillées de reproduction en noir et blanc d’aquarelles des maisons, jardins, animaux, objets et paysages qui forment depuis longtemps les ancrages de Benoîte. Catel réussit ainsi à former un récit à la fois intime et public qui, à l’instar des récits et romans de Benoîte Groult, la rend éminemment attachante. Alors Benoîte, vous n’aimez toujours pas la BD ? ◼

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