Chronique Ce qui nous revient de Corinne Royer

Murielle Gobert Librairie Passerelles (Vienne)

Ce qui nous revient est à la fois une enquête acharnée pour exhumer de l’oubli une voix effacée de l’histoire de la Science, et une prose intime et poétique qui plonge au plus profond des « âmes carapaces », ces âmes inaptes qui ne sont « plus vouées qu’à la consolation ».

Avec ce beau roman, échevelé comme une quête, profond comme les forêts chères à ses héroïnes, Corinne Royer part à la recherche de ce qui revient aux êtres dépossédés. Deux vies de femme s’entrecroisent, au gré des coïncidences qui forment les destins, celui de Louisa privée de l’amour maternel et celui de Marthe, découvreuse oubliée du chromosome 21 dont la trouvaille fut volée par la communauté scientifique au profit d’un homme. L’une a perdu de vue sa mère, chanteuse soprano, un matin de mai sur le perron de la Maison du Poète, leur demeure où plane l’ombre bienveillante et fantasque de Cocteau. L’artiste a embrassé sa fille en lui lançant : « À dans trois jours ! » et n’est jamais réapparue, fuyant vers un avortement qui ne permettra pas le retour. La vie « prodigue intrépide » devient alors La Vie d’avant, celle dont Louisa et son père brisé visionnent les images sur les bandes d’une caméra familiale. L’autre, « jeune fille de longue date » , une des deux internes de la gent féminine à être reçue après-guerre aux Hôpitaux de Paris, connaît également la stupeur de la perte après la soustraction de sa découverte majeure, puis finit par rebondir, et retourne à la retraite vers les lieux de son enfance, une maison nichée au creux d’une vallée, où elle exerce à nouveau dans les sous-bois sa curiosité insatiable de « découvreuse ». Deux exils, deux aventures qui se rejoignent dans la lutte contre l’effacement, et qui nous racontent, au-delà de la place faite aux femmes dans notre monde, la capacité à s’emparer de sa liberté et de toujours réinventer son existence. Une écriture gourmande des mots rares, dont la sensualité et la force vivante n’est pas sans rappeler Colette, et qui n’impose aucune morale, laissant au lecteur le choix de dénicher l’injustice dans ces vies en exil, mais dont la beauté bohème et presque baroque agit comme un sortilège.

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