Littérature française

Julien Blanc-Gras

Bungalow

illustration

Chronique de Murielle Gobert

Librairie Passerelles (Vienne)

Bouclez vos valises et prenez place à bord du nouveau roman de Julien Blanc-Gras. Cet écrivain voyageur a un projet tout simple : partir pour revenir plus heureux. Une odyssée très spéciale pour ce baroudeur qui traverse cette fois-ci l’Asie en famille et revisite avec une savoureuse autodérision sa philosophie du voyage et de la vie.

On dit souvent « peu importe le but, c’est le chemin qui compte », ici, c’est bien le voyage seul qui importe, l’ivresse de la découverte et du départ, et le sens qu’il redonne ou donne à nos vies. Qu’il soit éprouvé par l’Enfant à édifier (le fils du narrateur) et la Femme (son épouse guettée par le burn-out), le rend encore plus précieux et essentiel. Car c’est bien l’amour qui rend le périple de ce trio si intense, à la fois passionnant et familier, comme si nous appartenions nous aussi à cette intimité voyageuse, racontée avec une sincérité complice et sans détours. Au fur et à mesure que la Femme se détend, troque ses habits de superwoman contre ceux d'animatrice de colonies et que l’Enfant s’acclimate peu à peu aux nouvelles règles du quotidien, nous subissons nous aussi l’effet surprenant et bienfaisant de cette aventure au long cours, dont le seul plan annoncé est l’improvisation permanente. Chaque chapitre est une nouvelle étape à travers les paysages enivrants de l’Asie, une rencontre limpide avec son Histoire parfois méconnue et le prétexte à de nouvelles méditations de l’auteur sur notre monde, toutes teintées d’humour et d’un perpétuel esprit de « doute qu’il chérit ». L’occasion également d’interroger et de réinventer le couple, la famille, avec une drôlerie jubilatoire qui, en passant, met à mal, avec beaucoup de comique, son statut de père et d'écrivain ! Quête de sens, devenant subtilement au fil des pages quête des origines, Bungalow est le récit décapant, joyeux et brillant d’une épopée vers le bonheur, la promesse indispensable d’un horizon et d’un refuge, dont la conclusion pourrait bien être : quand repart-on ?