Chronique Le Château des animaux, volume 2 de Xavier Dorison

Alexandra Villon Librairie La Madeleine (Lyon)

La suite tant attendue du Château des animaux, fable animalière qui avait connu un très grand succès à sa sortie en 2019, scénarisée par Xavier Dorison et dessinée par le talentueux Félix Delep, débarque enfin, se dévoilant avec une couverture glaciale qui n’augure rien de bon pour nos héros !

Nous avions découvert, éblouis par un dessin gracieux et précis, l’histoire d’un Château déserté par les hommes pendant l’entre-deux-guerres, abritant des animaux de ferme. Après avoir été un temps soumis à l’hégémonie des cochons, les animaux étaient devenus les citoyens d’une nouvelle République, présidée par le Taureau Silvio. Une République aux airs de dictature. En cela, le premier tome commençait fort : dès les premières pages avait lieu, sur la place publique, l’exécution sommaire et brutale d’une dénommée Adélaïde, petite poule qui avait pris la liberté de voler un œuf. Son œuf. Après le passage de la milice des chiens, garante du bon maintien de la justice, il ne restait sur la place qu’une traînée de sang et, dans le regard des animaux, la terreur en majesté, arme écrasante du tyran sur ses sujets. En faisant référence au texte magistral et intemporel d’Orwell, La Ferme des animaux, Dorison et Delep donnent le ton, placent le décor, mais prennent un chemin de traverse, posant la question de la révolte pacifiste : comment se rebeller, sans armes et sans violence, au sein d’un système totalitaire ? Miss Bengalore, petite chatte agile, accompagnée de son ami César, lapin gigolo, et guidée par Alézar Vieux-gris, un vieux rat raconteur d’histoires, avait tenté d’amorcer un premier pas dans cette rébellion, sans violence, usant d’humour et de poésie. À présent, l’hiver est là, charriant avec lui le froid et la promesse funeste de récoltes rares. Miss Bangalore a pris du poil de la bête. Tête haute, elle mène son combat dans l’ombre, bien décidée à honorer la mémoire de Margueritte, cette vieille oie qui n’avait ni sa langue ni ses poings dans ses poches, mais qui en avait tristement payé le prix fort. Et tout va commencer à cause d’un pauvre morceau de bois que Miss B. ne peut pas acheter, faute de moyens, pour réchauffer ses petits. C’en est trop pour elle qui décide de braver l’injustice et le froid en boycottant l’achat du bois, exigeant sa gratuité. D’autres animaux finissent par rejoindre ses rangs. La révolte, entachée de souffrance et d’amertume, est en marche. Dans ce deuxième tome qui pousse un peu plus loin l’aspect politique de la fable et la réflexion philosophique, Dorison et Delep nous font frémir avec finesse et intelligence aux côtés de ces animaux solidaires, unis dans la tourmente. Les Marguerites de l’hiver narrent les prémisses d’un combat terrifiant, semé d’embûches et de doutes, mais des plus inspirants, dont on a hâte de connaître la suite !

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