Dossier Robert Capa de Bernard Lebrun, Michel Lefebvre

Par Samuel Hoppe, Librairie Le Moniteur, Paris 6e

Connu de tous pour ses photos de la guerre d’Espagne et du débarquement alliés, Robert Capa n’en demeure pas moins un mystère. Les éditions de La Martinière invitent à percer ce mystère. Au moins en partie.

En 1936, onze ans avant la fondation de l’agence Magnum, Robert Capa est en Espagne sur le front. De tous les combats, il témoigne pour l’Europe et le monde de la lutte des antifascistes contre les franquistes. À la fin de l’été, peut-être le 5 septembre, près de Cordoue, Capa photographie un milicien frappé net par une balle alors qu’il se précipite à l’assaut. L’histoire de cette image, devenue une icône mondiale du photojournalisme, et les circonstances de sa prise de vue sont toutefois largement sujettes à caution, la date de la prise de vue, l’identité du milicien et la réalité de la scène étant régulièrement remises en question – il est de plus en plus avéré qu’il s’agit d’une reconstitution. D’ailleurs, on s’interrogeait déjà à la publication du cliché le 23 septembre 1936 dans le magazine Vu, où l’image était reproduite en vis-à-vis d’une autre presque identique – même cadrage, même lumière et mêmes nuages… mais pas le même milicien. Il émane de cette image d’un soldat fauché en plein élan une impression qui se rapproche de cette inquiétante étrangeté dont parle Freud, ce sentiment de déjà-vu qui nous bouscule dans nos certitudes et notre confort. Mais même chargée de doutes, la photo de Capa n’a jamais cessé d’être un symbole, à la fois de la guerre civile espagnole et du photojournalisme. En elle se cristallisent tous les débats qui agitent la profession autour des notions de réalité et de vérité de l’image. On ne connaîtra sans doute jamais exactement les dessous de cette photo, qui reste toutefois un fascinant témoignage de l’engagement de l’un des photographes majeurs du siècle.

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Robert Capa était, à n’en pas douter, un adepte du mystère. On ne sait pas très bien comment celui qui est né Endre Ernö Friedmann en 1913 à Budapest, au sein d’une riche famille de commerçant ruinée par la propension du chef de famille à perdre au jeu, est devenu Robert Capa. Ce que l’on sait en revanche, c’est qu’il fuit sa terre natale en 1931 après avoir été arrêté pour son activisme politique contre le régime autoritaire, pour se réfugier à Berlin. Il passe ensuite à Vienne, puis rejoint Paris en septembre 1933. C’est à Berlin qu’il entre « en photographie ». Il occupe dans la capitale allemande un petit poste dans la chambre noire de l’agence Dephot, qui l’enverra, en dépannage, réaliser quelques clichés de Léon Trotski à Copenhague dans un de ses discours d’exil. Mais c’est à Paris qu’il deviendra Robert Capa, un nom autour duquel les conjectures, louvoyant entre les territoires du calembour et ceux du marketing, ont fait fortune. Ensuite, les amis, le bagout, le sens de l’image, le désir d’action et l’engagement le conduiront sur de nombreux fronts et dans de nombreux pays, jusqu’à ce pied posé sur une mine antipersonnel dans un champ de riz amer , non loin de Thanh Binh, à 3 h 10 de l’après-midi le 25 mai 1954.

De Endre Ernö Friedmann, devenu Robert Capa, il subsiste de nombreuses photographies, conservées à New York. Il subsiste aussi quantité de mystères, à l’image de cette Valise mexicaine découverte en 2007, prélude à d’autres révélations sur l’œuvre d’un homme qui a passionné les romanciers et les cinéastes – Chien de printemps de Modiano ou Les Racines du ciel de Gary sont hantés par la personnalité du photographe, qui a également inspiré Alfred Hitchcock pour Fenêtre sur cour. Au-delà des doutes et des questions sur les libertés prises par Capa avec certains de ses clichés, le photographe n’en demeure pas moins, par sa pratique de la photo, son engagement, son implication, sa façon de traiter le sujet, le fondateur du photojournalisme moderne. Bien sûr, il n’est pas complètement seul à assumer ce rôle. Autour de lui, il y a Chim, Cartier-Bresson, Gerda Taro. Ensemble, lui en tête, ils lancent les bases de ce qui a encore cours aujourd’hui : conception du sujet dès la prise de vue, regroupement des photographes en coopérative pour commercialiser leurs travaux et conserver leurs négatifs, contrôle de l’utilisation des images en fournissant les légendes.

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Bernard Lebrun, Michel Lefebvre et Bernard Matussière racontent la formidable histoire de cet homme qui a couvert cinq guerres simplement armé d’appareils photos. Ils s’appuient sur l’immense fonds Capa de l’ICP pour mieux faire comprendre l’univers d’un photographe qui voulait partager avec tous, à la fois ce qu’il voyait et les idées qui le faisaient tenir debout.

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