Chronique Fernand Pouillon de Marc Bédarida

Par Samuel Hoppe Librairie Le Moniteur (Paris 6e)

Volume porte-bonheur de la collection « Carnets d’architectes » consacrée à l’archi-tecture au xxe siècle, ce treizième volume s’intéresse au parcours de Fernand Pouillon. Pour cet homme de conviction peu enclin aux compromis, le conflit algérien restera comme une profonde blessure.

Le 8 septembre 1962, à 21 h 30, alors qu’il s’apprête à enjamber le mur d’enceinte de la clinique de Ville-d’Avray où il est interné, Fernand Pouillon suspend son geste quelques secondes, le cerveau brusquement traversé par une pensée émue pour Benvenuto Cellini, dont il admire depuis toujours le travail. À ce moment précis où son évasion devient réalité, il met ses pas dans ceux de cet homme dont il partage l’indépendance, l’esprit rebelle et conquérant, malgré sa relative familiarité avec les sphères de pouvoir. Il n’aurait pas déplu à Pouillon de vivre au siècle de Benvenuto Cellini. Il aura toutefois dû faire avec le xxe siècle. Né en 1912 à Cancon (Lot-et-Garonne), décédé en juillet 1986 au château de Belcastel (Aveyron), rénové par ses soins, il a participé très activement à la reconstruction de la France de l’après-guerre, nourrissant de ses idées, aussi ingénieuses et bon marché qu’efficaces, cette nouvelle pensée architecturale et urbanistique qui irrigue jusqu’aux formes de logement, collectif ou individuel, afin qu’elles s’adaptent mieux à la modernité. Pourtant, Fernand Pouillon est plus connu pour ses frasques et ses démêlés avec la justice française que pour ses réalisations, dont la plus fameuse demeure l’ensemble du Vieux-Port de Marseille. Marc Bédarida, architecte, enseignant et directeur des éditions de la Villette consacre une méticuleuse étude au mystérieux cas Pouillon, qui aurait aimé être l’auteur de l’abbaye du Thoronet – sujet de son roman Les Pierres sauvages* (Seuil) –, bien davantage que l’architecte de cités à Alger ou de maisons de banlieue. Pendant de longues années, Marc Bédarida a exploré les archives relatives à Fernand Pouillon, alors même que ce dernier a tout fait, sa vie durant, pour brouiller les pistes de ses futurs biographes. Le livre de Marc Bédarida parvient cependant à dégager une vision plus juste de l’architecte marseillais, qui eut d’abord à cœur d’être un inventeur et un expérimentateur. Marc Bédarida dépeint un homme qui voulait mettre en avant l’architecture plus que l’architecte, un homme qui a fait du logement une question primordiale tout en ne lui sacrifiant pas des réalisations plus monumentales et plus « prestigieuses », en France et en Algérie, comme la bibliothèque de Marseille-Saint-Charles. Soutenu par une iconographie riche et souvent rare, l’ouvrage fournit un éclairage inédit à l’œuvre d’un architecte dont la personnalité et les prises de position ont parfois occulté le travail.

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