Chronique Ornement de Sous la direction de Laurence de Finance et Pascal Liévaux

Samuel Hoppe Librairie Volume (Paris 3e)

Il y a cinquante ans, André Malraux et André Chastel créaient l’Inventaire général du patrimoine. Les éditions du Patrimoine célèbrent l’anniversaire d’une collection toujours jeune, en publiant Ornement. Un grand vide est désormais comblé.

« Tout inventaire artistique est ordonné par des valeurs ; il n’est pas le résultat d’une énumération, mais d’un filtrage. », écrivait André Malraux en 1965 pour décrire les ambitions de l’Inventaire général du patrimoine culturel. Cette phrase, reproduite en exergue de chacun des volumes de la collection « Vocabulaires » des éditions du Patrimoine, résume parfaitement le travail des deux directeurs d’Ornement. Laurence de Finance et Pascal Liévaux, entourés d’un important collège de conservateurs travaillant dans les grands musées français, ont développé un outil remarquable qui s’apparente à un tamis aux trous très fins et permet de classifier tous les éléments d’ornementation.
Complémentaire du vocabulaire de l’architecture de Jean-Marie Pérouse de Montclos (Architecture, Patrimoine), par ailleurs initiateur de ce nouveau volume, Ornement vise, comme les autres titres de la collection, « à fixer un langage spécifique, en l’occurrence celui des ornements et motifs qu’ils composent », peut-on lire dans l’introduction. À la suite de Pérouse de Montclos, missionné par André Chastel dès les années 1960, Laurence de Finance et Pascal Liévaux ont le souhait de mettre à la disposition du chercheur aussi bien que de l’érudit un vocabulaire stabilisé de la discipline, permettant à tous de parler de la même chose. Cette « même chose » est limitée à la France et s’étend du Moyen Âge jusqu’au milieu du xxe siècle, moment où le design et son esthétique des formes épurées prend le pas sur la notion d’ornement. Les auteurs ont volontairement limité la zone géographique au territoire français pour deux raisons : une histoire forte de l’ornement propre à la France, d’abord, la facilité d’accès aux objets et aux œuvres, ensuite. Cependant, les influences étrangères ne sont pas gommées. Bien au contraire, puisque les influences de l’art byzantin, perse ou arabe sur l’art médiéval en France sont abondamment évoquées, de même les ornements qui trouvent leurs origines avant le Moyen Âge ou très au-delà de nos frontières. 1 200 termes sont ici définis, qu’une très généreuse iconographie accompagne et illustre. Issus d’un large corpus, les termes définis constituent le noyau de l’univers lexicologique de l’ornementation. Toutefois, avant de les décrire et de les classer, c’est le terme même d’ornement qu’il a fallu éclaircir. Ainsi, les auteurs proposent cette définition : « L’ornement est un élément décoratif pouvant relever de toute technique, destiné à l’embellissement ou à la mise en valeur d’un objet, d’une architecture auxquels il est subordonné. » La première et principale partie du livre contient les termes d’ornements, alors que la deuxième, nettement plus courte, est consacrée aux compositions et décors. Dans la partie dédiée aux sources de l’ornement, les termes sont répartis en fonction de leur lien à la nature et aux arts. Si cette classification n’est pas des plus naturelles pour les spécialistes, elle est néanmoins apparue comme la plus simple et la plus respectueuse de l’esprit d’une collection qui, depuis un demi-siècle, nourrit le plaisir et la connaissance des amis et professionnels des arts.

 

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