Chronique Du mariage considéré comme un des beaux-arts de Philippe Sollers, Julia Kristeva

Samuel Hoppe Librairie Volume (Paris 3e)

Empruntant leur titre à Thomas De Quincey et Leiris, les Sollers-Kristeva évoquent l’énergie de leur amour. Laissant les fleurs bleues de côté, ils livrent leurs secrets d’une union qui dure.

1966, Julia Kristeva s’extirpe de la rugueuse Bulgarie communiste. Destination Paris. Fraîchement arrivée, elle rencontre Philippe Sollers. Mariage en 1967. Ça roule toujours. Avec Du mariage considéré comme un des beaux-arts, ils s’attardent sur ce qui fait le solide ciment de leur union. À la lecture de ces quatre chapitres reproduisant des entretiens à deux voix et un texte de Julia Kristeva prononcé lors de rencontres autour de Philippe Sollers, vous ne trouverez aucun conseil pratique. Tout au moins pas comme on en trouve dans les magazines. De ces échanges complices et joueurs se dégage l’idée forte de l’étrangeté, de la cohabitation de deux étrangetés que la fidélité permet d’harmoniser, avance Julia Kristeva. Interrogeant les relations de couples célèbres, tels que Sartre et Beauvoir ou les Mitterrand, ils dessinent l’idée de ce que peut être une relation amoureuse et réfléchissent au couple fidélité/infidélité dans la relation conjugale. Ainsi, plus que l’histoire de leur histoire, c’est à un parcours dans l’émancipation des femmes et l’histoire des idées que l’on est convié. Philippe Sollers rappelle que pour discuter « des sophistications de l’amour ou des problèmes de fidélité », l’égalité sur le plan économique est nécessaire. Ces deux amoureux qui se méfient du couple, de son idée, réclament la singularité de chacun dans le mariage. Ce n’est qu’à partir de l’affirmation de chacun à part entière que le récit d’une vie à deux peut s’écrire. Tout au long de ces conférences pleines de complicité, d’écoute et d’une tendresse diffuse, on découvre la force de leur union tout autant que le nécessaire accompagnement des amis sans âge que sont Nietzsche, Rousseau, Freud, Heidegger ou Bataille. À lire ces paroles prononcées ensemble, l’un près de l’autre, on voit déjà pétiller le regard désirant de l’un pour l’autre, et le plaisir sans fin de penser ensemble sans s’effacer ni être effacé.

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