Chronique Nouvelles du New Yorker de Ann Beattie

Alexandra Romaniw Librairie L’Atelier (Paris 20e)

Avec la publication de ces nouvelles écrites entre 1974 et 2004, les lecteurs français vont enfin découvrir Ann Beattie. Ses personnages, souvent cruels, toujours désespérés et perdus dans des vies trop grandes pour eux, forment une galerie de portraits éblouissants de clairvoyance.

On entre dans ces nouvelles comme on entre chez des amis. La porte est ouverte. Pas de précautions ni de protocole : le lecteur s’introduit dans la vie des personnages avec brutalité, sans façon, comme s’il les connaissait depuis toujours. Peu importe leur passé, qu’importe leur avenir, Beattie décrit des hommes et des femmes ordinaires, sujets à des névroses ordinaires, à des maux ordinaires, à une vieillesse ordinaire ; ils sont soumis à des choix ordinaires, font faces à des joies, des larmes et des tragédies tout aussi ordinaires… Dans la première nouvelle du recueil, alors que Cynthia s’apprête à se marier pour la troisième fois, un léger contretemps vient perturber son projet, entraînant peu à peu les personnages dans une irrépressible dérive. « La deuxième question » raconte la lente agonie de Richard. Il est en train de mourir du sida entouré de son ex-amant et de sa voisine, devenue son amie par hasard. Les personnages d’Ann Beattie sont comme les lecteurs qui entrent dans ses histoires par hasard, ils se rencontrent au gré des coïncidences et des malentendus généreusement distribués par l’existence : « Le jour où nous fîmes connaissance, Richard m’emmena chez lui pour que je puisse me doucher. » Les gens se croisent, se parlent, se lient, mais la solitude, la difficulté de communiquer persistent. Alors cette solitude, ils tentent de la surmonter en cherchant « un endroit où il est possible de vivre ». Dire la vérité, ancrer les histoires dans le réel, sont les raisons d’être de ces nouvelles. L’auteure fait parfois des clins d’œil à son lecteur : « Vous écrivez quoi, demanda-t-il. Des romans policiers ? – Non. Des histoires qui arrivent vraiment. » Ou ceci : « Quand il aura lu plus de romans il comprendra que les choses ne sont pas si simples. » Chez Beattie, « La vie n’est ni juste ni injuste », ses personnages sont des gens qui affrontent l’existence et ses imprévus.

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