Chronique Les Renards pâles de Yannick Haenel

Alexandra Romaniw Librairie L’Atelier (Paris 20e)

Jean Deichel, le narrateur du dernier livre de Yannick Haenel, est ici plus radical que jamais. Il vit à l’écart, entre littérature et ivresse. Les Renards pâles est un des romans les plus importants de cette année.

Jean Deichel s’interroge sur le vivant et le vivable dans notre société. Son constat d’un discours politique stérile et agressif l’engage vers une vie solitaire et totalement révolutionnaire. Au cours de ses marches dans le vingtième arrondissement de Paris, il va trouver des signes sur les murs et au fond d’impasses, rencontrer des gens en marge, comme lui, qui vont le mener aux Renards pâles. Chez les Dogons, le renard pâle est une divinité destructrice privée de parole. La première partie du roman est dédiée au silence, à une réflexion sur le néant, la nécessité de la littérature comme fondement existentiel. Deichel est aussi un marcheur, au sens où Walter Benjamin l’entend. Il sillonne les quartiers, il fait corps avec la ville et son Histoire : les SDF, les sans-papiers ; mais aussi les sacrifiés de la Révolution, de la Commune, de la collaboration. Il marche avec les morts. Il se prépare à quelque chose de nouveau. Il est comme envoûté, parfois exalté, ivre aussi. C’est le moment de l’initiation. Elle se fera grâce à la reine de Pologne, personnage emblématique, noble, libre, qui va lui présenter le griot. Suivra, avec cette rencontre, la destruction de sa carte d’identité, geste qui lui permettra d’accéder au collectif, aux Renards pâles, et à cette longue marche depuis les hauteurs de Belleville jusqu’à la Concorde. Alors Deichel disparaît, se difracte, il devient avec ses camarades, ses frères, le renard pâle. La deuxième partie du livre décrit cette métamorphose : le rythme s’accélère, est proche de la transe, la transformation a eu lieu ; le vaudou est passé par-là, l’Afrique est passé en nous. Yannick Haenel revient avec un livre magistral, au langage poétique, politique, métaphysique, dans lequel, encore une fois, il donne la parole à ceux qui ne l’ont pas, à qui on ne la donne pas.

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