Chronique Les Strates de Pénélope Bagieu

Claire Rémy Librairie Maupetit (Marseille)

Elle fait assurément l’événement cette fin d’année ! Après Sacrées sorcières, paru en 2020 chez Gallimard Bande dessinée, Pénélope Bagieu revient avec deux titres à glisser au pied des sapins : Les Strates, son premier récit autobiographique, et une nouvelle édition de l’intégrale de sa série Culottées.

Elle a décidément l’art d’apparaître là où on ne l’attend pas ! Après une originale biographie dessinée de Cass Elliot (California Dreamin’), deux anthologies non exhaustives de femmes d’exception (la série Culottées, couronnée du Eisner Award du meilleur livre étranger en 2019) et l’adaptation d’un monument de la littérature jeunesse (Sacrées sorcières), Pénélope Bagieu nous surprend en cette fin d’année avec Les Strates. Elle s’y livre à travers une succession de récits plus ou moins longs, souvenirs entremêlés de son enfance, adolescence et entrée dans l’âge adulte. Sans chronologie particulière, on voit cependant se dessiner sous nos yeux une jeune femme en construction, dont les récits font tout à la fois sourire, franchement rire, serrer la gorge ou mouiller les yeux. Comme on avait déjà pu le remarquer dans Culottées, l’autrice a l’art de la synthèse et arrive en peu de cases à exprimer beaucoup. De la perte d’un compagnon à quatre pattes au sauvetage d’une amitié, en passant par un ourson devenu le symbole de la détermination, ces histoires paraissent jetées au hasard, au fil des pages. Mais en refermant ce carnet, on sait, intimement, que le hasard ne fait pas vraiment partie de ce scénario et ces anecdotes nous en disent beaucoup sur leur dessinatrice. On est alors touché de la sincérité avec laquelle elle se livre et du courage qu’il faut pour se dévoiler ainsi. L’objet même qu’est ce livre, inspiré du célèbre carnet Moleskine, renforce l’impression de lire le journal intime d’une amie. Et comme souvent avec les amies, nous sommes nourris de ces confidences dans lesquelles on peut se retrouver ou qui font réfléchir. Ainsi de cette histoire mettant en parallèle deux moment de la vie de Pénélope Bagieu, où l’on s’énerve en comprenant que, « bien sûr, pas toutes victimes », mais suffisamment pour qu’on se révolte aujourd’hui. Si une bonne partie de ces histoires ont été écrites l’an dernier, certaines sont plus anciennes. Nous pouvons même observer la transformation du dessin et comparer ainsi  l’évolution de la femme et de l’artiste. Revenant au crayon gris adopté pour la première fois dans California Dreamin’, l’autrice évolue encore par rapport au trait utilisé dans Culottées, avec des ombres et des nuances qu’on ne lui connaissait pas. Vous voulez comparer ? À l’occasion des 15 ans de sa collection de bandes dessinées, Gallimard offre un nouvel écrin rose pop et toujours délicieusement brillant à la désormais incontournable série de la non-moins incontournable Pénélope Bagieu.

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