Chronique Tous les salauds ne sont pas de Vienne de Andrea Molesini

Antoinette Brunier-Roméo Librairie Le Cadran lunaire (Mâcon)

Roman de l’histoire italienne, roman de l’invasion, de l’évasion, de la résistance, de la dignité, de la perte. Roman de la famille, des liens qui se tissent. Roman truculent, roman drôle, oui j’ai dit drôle ; roman d’apprentissage, d’une vie à vivre mais pas à n’importe quel prix. Roman magistral, Tous les salauds ne sont pas de Vienne est un livre exceptionnel.

Dans la villa Spada, à Refrontolo, province de Trévise, non loin de Venise, il y a la grand-mère Nancy, autrefois mathématicienne qui, désormais, veille sur l’éducation de son petit-fils. Il y a aussi Guglielmo, son mari original et désabusé, gardien d’une langue en perdition, grand spécialiste des aphorismes, expert en lexiques, notamment maritimes, véritable « bouffe-curé » adepte du bouddhisme sans savoir grand-chose de Bouddha, écrivain d’un unique livre toujours en cours d’écriture et qui, dès que le vent conjugal tourne, se réfugie dans son « Pensoir » et s’installe devant son Underwood à l’abri des bruissements du monde pour écrire son fameux roman. Dans la famille Spada, il y a aussi Donna Maria, la tante superbement fière, gardienne du temple et de la dignité familiale, des conventions et de la bienséance, même en temps de guerre et face à l’ennemi. Et puis il y a Teresa, la fidèle cuisinière au parler aussi rustique qu’imagé et qui rythme le roman de ses « noms de guiable » lâchés au hasard de ses colères, incompréhensions et autres imprécations ; Teresa qui d’un rat fait un chat, poussant parfois jusqu’au lapin... Et Loretta, aussi belle que simplette, Renato le boiteux, l’énigmatique, le troublant gardien à tout faire. Et que dire de Giulia, flamboyante, une croupe de jument, des seins de déesse, prête à envoûter des armées entières, aussi admirable à regarder que terrible à entendre, objet de tous les désirs et de toutes les convoitises pour le jeune homme de la maison. Le jeune homme de la maison, c’est Paolo, notre narrateur pressé d’en découdre avec l’ennemi, avec la vie, que la découverte de la guerre, de ses horreurs, de son inoubliable odeur va propulser loin du cocon longtemps entretenu par les femmes de la maison. Car en cet automne 1917, tels les loups en d’autres temps, les Autrichiens sont sur le point d’envahir Venise et, pour ce faire, réquisitionnent d’abord la demeure des Spada, envahissant les étages inférieurs, pillant tout sur leur passage, creusant des latrines tous les six mètres. Mais le pire est à venir avec le viol de trois innocentes à l’intérieur même de l’église du village par plusieurs officiers, viol odieux commis sous les yeux du prêtre ligoté. Dès lors, les Spada en ordre de marche vont offrir à l’ennemi le terrible masque du mépris, sans jamais céder ni souffrir aucun compromis. Car entre gens bien élevés, entre représentants des vieilles noblesses européennes, on se respecte, on s’affronte en silence, on se déteste doucement, sans trop de bruit, surtout quand l’ennemi vit sous le même toit. Alors, quand le soir tombe, on peut se réunir entre Spada et se mettre au travail, lutter avec force et courage, braver les accords tacites et même s’affranchir du tyran. C’est magistral. Andrea Molesini est certainement l’un des plus fameux écrivains italiens contemporains. Il vient de nous le prouver, « nom de guiable » !

 

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