Entretien Je ne suis pas un auteur jeunesse de Vincent Cuvellier

Simon Roguet Librairie M’Lire (Laval)

Un album poétique sur la paternité, un nouvel épisode de l’impertinent Émile, la réédition du documentaire Les Présidents de la République (Actes Sud Junior), un récit autobiographique décalé sur le statut de l’écrivain et l’ouverture à Bruxelles d’une bouquinerie ! Voilà un printemps dense pour Vincent Cuvellier !

PAGE — Vous publiez plusieurs ouvrages simultanément et une impression forte se dégage de toutes ces publications. Vous êtes, en tant qu’écrivain bien sûr, mais surtout en tant que personne, extrêmement concerné par les sujets que vous traitez (la paternité, l’écriture, la vie d’écrivain). Pouvez-vous nous parler de votre projet Je ne suis pas un auteur jeunesse ? Pourquoi l’écrire maintenant ? Quel message voulez-vous porter avec ce récit ?
Vincent Cuvellier — Cela faisait longtemps que j’avais envie de parler de mon métier. L’écriture, c’est mon truc depuis que je suis tout petit. Depuis que j’ai 17 ans, je me faufile là-dedans, avec des hauts et des bas ! J’avais envie d’en parler à ma manière, simplement, avec pragmatisme, mais aussi en râlant contre quelques trucs que je n’aime pas !

P. — Avez-vous vu la situation des écrivains changer depuis ce temps ? Êtes-vous inquiet ou optimiste pour les années à venir ?
V. C. — Je pense qu’il n’y a jamais eu autant de gens qui écrivent et qu’un écrivain lambda n’a jamais été aussi mal payé ! Je pense qu’il devrait y avoir moins de livres publiés mais que ceux-ci soient mieux valorisés.

P. — Quels rôles dans votre livre jouent les personnages de Claude François, du Général De Gaulle ou de Lino Ventura ?
V. C. — Ils apportent un peu de recul. Ils me disent quand je déconne, quand j’exagère, quand je m’énerve. Ce sont mes amis imaginaires !

P. — Vous publiez également Mon fils qui est un long texte-poème autour de la relation père-fils. D’où vous est venue cette envie et comment s’est déroulé le travail avec l’illustratrice Delphine Perret ?
V. C. — Pour moi, ce livre est la suite de La première fois que je suis né (Gallimard Jeunesse). Je l’ai conçu dans le même esprit, avec la même énergie. J’ai demandé à Delphine Perret sa collaboration car c’est une des rares illustratrices qui n’a pas besoin d’auteurs : elle le fait très bien elle-même ! Du coup, quand elle illustre le texte d’un autre, c’est vraiment parce qu’elle veut le faire ! On a travaillé comme je le fais toujours avec les illustrateurs : on discute du projet en amont pour être sûrs qu’on fait bien le même livre et après, je laisse faire, n’intervenant que si besoin.

P. — Avez-vous conscience que cette relation auteur-illustrateur dans l’édition jeunesse est finalement assez rare ? Le travail que Delphine Perret a effectué sur votre texte est admirable de simplicité et de puissance. Comment l’avez-vous perçu ?
V. C. — Ah mais pour moi, c’est tout à fait normal, c’est quelque chose que je défends depuis mes débuts. Travailler avec un illustrateur et un éditeur, ça fait partie du job, autant que l’écriture elle-même. Je fais des livres en entier, pas qu’un texte. Et Delphine, je lui ai demandé d’illustrer mon texte, justement pour sa simplicité et sa sensibilité. Comme c’est une illustratrice qui écrit ses propres textes, si elle en illustre d’autres, c’est qu’elle a un truc à dire à leur sujet.

P. — Vous publiez également un nouvel épisode de la série « Émile » : Émile fait l’enterrement. Comme toujours, le personnage est à la fois sans concessions, impertinent et en même temps terriblement touchant. Êtes-vous fier de la manière dont la série se développe et où vous l’emmenez histoire après histoire ? On a le sentiment que vous ne vous interdisez rien par rapport aux thèmes abordés.
V. C. — Oui, pourquoi m’interdirais-je des choses ? C’est aussi parce qu’avec l’illustrateur et l’éditrice, nous sommes sur la même longueur d’ondes. Émile n’est pas tout à fait un personnage comme les autres. Quand j’écris ses histoires, je dois me mettre à la fois dans un cadre de narration très strict et dans une liberté très large. Émile, c’est un concentré de plein de choses de moi, de ma vie, de ma manière de voir les choses. C’est un espace de liberté dont je profite.

P. — C’est du coup assez jouissif pour les lecteurs que nous sommes de profiter de cette liberté. Pourquoi est-ce si rare selon vous ?
V. C. — Ah, pour plein de raisons ! Sans doute un certain conformisme. La liberté, ce n’est pas un truc qu’on obtient tout de suite, il faut aller la chercher avec les dents. C’est aussi mon critère numéro un dans le choix de mes éditeurs.

P. — Enfin, on ne pouvait pas ne pas parler de l’ouverture de votre bouquinerie à Bruxelles, votre ville d’adoption. Elle s’appelle « Les Gros Mots » (cela vous va bien). Dites-nous ce que nous pourrons y trouver.
V. C. — C’est une boutique et c’est aussi mon bureau : il y a des vieux livres, des plus récents, des jouets, des affiches, des dessins, mais que des trucs que j’aime bien ; ça ressemble un peu à chez moi, mais un chez moi où l’on peut entrer et acheter des choses ! L’autre jour, j’ai entendu des jeunes femmes qui sortaient en disant « oh lala, qu’est-ce que c’est mignon ! ». C’est cool !

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