Littérature étrangère

Louise Erdrich

Celui qui veille

  • Louise Erdrich
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Sarah Gurcel
    Coll. «Terres d'Amérique»
    Albin Michel
    05/01/2022
    542 p., 24 €
  • Chronique de Coralie Sécher
    Librairie Coiffard (Nantes)
  • Lu & conseillé par
    29 libraire(s)
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Chronique de Coralie Sécher

Librairie Coiffard (Nantes)

Couronné par le Prix Pulitzer en 2021, Celui qui veille est un roman très personnel pour Louise Erdrich. Elle raconte ici l'histoire de son grand-père Patrick Gourneau qui fera face aux institutions pour sauver sa tribu et défendre les natifs américains. Ce roman universel est un bel hommage à un homme fort et aux siens.

Dans les années 1950, aux États-Unis, une proposition de loi fait son apparition. Elle prône l'indépendance des autochtones et leur autonomie au sein de l'Amérique. Cependant, à la lecture du texte, les changements annoncés montrent en réalité la volonté de disséminer les Amérindiens à travers le territoire avec, en filigrane, la possibilité de récupérer les terres laissées aux tribus pour que les hommes blancs se les approprient. Louise Erdrich raconte, dans Celui qui veille, l'histoire de son aïeul et explique ce projet de loi méconnu qu'est la termination. Sous couvert de libération des Amérindiens, cette loi va être celle de l'abandon de protection et de biens publics pour cette population. Thomas Wazhashk incarne la figure du grand-père de Louise Erdrich, cet homme qui a protégé toute une tribu, les Indiens Chippewas de Turtle Mountain, en se battant contre une justice qui semblait prédire un avenir terrible aux siens. Thomas Wazhashk est veilleur de nuit, il surveille l'usine de pierres d'horlogerie qui s'est installée près de la réserve. Cette entreprise emploie de nombreuses femmes Chippewas en raison de leur dextérité mais aussi parce qu'elles travaillent sans relâche pour un faible salaire. Pour Thomas, les rondes de nuit sont peuplées de fantômes et de souvenirs, de croyances et de songes. Autour de ce personnage central gravitent plusieurs autres figures : Pixie, sa nièce, est partagée entre son désir de conserver les traditions et son envie d'étudier, entre les tisanes d'herbes qui soignent et les apprentissages de la ville. Lors d'un périple inattendu à la recherche de sa sœur, elle va découvrir les affres de la civilisation moderne et se confronter à la diversité des individus qu'elle y croisera. À proximité de la tribu, il y a aussi un jeune professeur de mathématiques blanc, coach de boxe le soir, qui va voir passer de nombreux combattants et découvrir grâce à eux toute l'histoire de la communauté. Au-delà d'être le récit personnel de Louise Erdrich, ce roman polyphonique donne la voix à de nombreux individus aussi différents qu'ambivalents. C'est là la grande force de ses personnages : ils sont le cœur de cette Amérique contemporaine, ils sont l'Histoire de ce pays, les hommes et les femmes qui ont construit, ont souffert et se sont battus pour continuer à exister. Louise Erdrich continue, à travers ce texte, l'exploration de la tradition, le questionnement du lien des autochtones avec le monde contemporain. Forte des thèmes qui lui sont chers, elle réussit, une nouvelle fois, à unir le lecteur à sa voix, à celle des natifs d'Amérique.

 

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