Littérature étrangère

Emilia Hart

Les Sirènes

✒ Linda Pommereul

(Librairie Le Failler, Rennes)

Les Sirènes fait partie de ces livres dont on sait dès la première ligne qu’on ira jusqu’au bout, emporté dans un tourbillon romanesque. Car au-delà des mers et des tempêtes, le chant immémorial de ces créatures porte la voix des femmes entre conte et réalité.

Après le succès foudroyant de La Maison aux sortilèges, Emilia Hart revient sur la scène littéraire avec un roman aussi envoûtant que captivant. Dans ce nouveau roman, elle poursuit sa quête de l’intime féminin. Elle exhume la violence ancestrale subie par les femmes dans un récit où les fantômes du passé et les traumatismes se mêlent sur plusieurs générations. Les Sirènes est un texte complètement immersif, à la fois sombre et lumineux, qui célèbre le pouvoir des femmes. 2019. Lucy se réveille au milieu de la nuit dans la chambre de son ex-amant, les mains autour de son cou. Terrifiée, elle s’enfuit chez sa sœur qui vit sur la côte de la Nouvelle-Galles du Sud dans l’espoir que Jess l’aidera à comprendre ce qui lui arrive, notamment ces rêves étranges et troublants qu’elle fait depuis quelque temps. Mais arrivée dans la vieille maison délabrée battue aux quatre vents, sa sœur a disparu. Seule, elle se laisse submerger par l’ambiance, entre contes et vieilles histoires d’hommes disparus, d’un bébé abandonné dans une grotte. Elle est rattrapée par ses rêves encore plus puissants où elle entend des murmures de femmes. 1800. Mary et Eliza sont arrachées à leur famille en Irlande pour embarquer de force sur des navires de forçats en direction de l’Australie. Peu à peu, alors que les conditions à bord sont insoutenables, elles remarquent des changements dans leurs corps qu’elles ne peuvent expliquer. Le mythe des sirènes et ses interprétations est le motif sur lequel se tisse ce roman. Il y est question de mer, de menaces, de sortilèges et de destins féminins dans ce récit sur le corps des femmes, leurs souffrances, leurs désirs et leurs métamorphoses. Bouleversant par la justesse de ses images, le roman d'Emilia Hart tisse la fine dentelle d’une écume poétique où les pages déferlent dans un élan d’amour et de sororité.

Les autres chroniques du libraire