Chronique Une saison douce de Milena Agus

Valeria Gonzalez y Reyero Librairie Librairie Jeanne Laffitte Les Arcenaulx (Marseille)

Déjouant les clichés du choc des cultures, Milena Agus nous plonge dans un récit choral, aux allures de conte ou de tragédie grecque, qui décrit l’arrivée d’un groupe de migrants dans un petit village perdu de Sardaigne.

Loin des Terres promises de son dernier ouvrage (disponible en Piccolo aux éditions Liana Levi), le nouveau roman de la romancière sarde décrit plutôt une terre rurale laissée pour compte. Dans ce décor de western italien, deux communautés se rencontrent et s’affrontent : d’un côté les habitants d’un village reculé de Sardaigne, pour lesquels la vie est monotone et l’espoir s’est envolé avec le départ des jeunes générations ; de l’autre un groupe de migrants encadrés par des volontaires, débarqués dans un lieu qui est loin d’être la terre promise. La méfiance et le désarroi règnent des deux côtés et les migrants sont tout de suite renommés « les envahisseurs ». Ces derniers s’installent dans une vieille bâtisse en ruine, essayant tant bien que mal d’en faire un endroit vivable. Cependant la curiosité pour les nouveaux venus semble gagner un groupe de femmes du village. Un jeu d’apprivoisement s’installe alors entre les deux communautés : les villageoises s’approchent petit à petit du Rudere, la maisonnée où logent les « envahisseurs », leur apportent des couvertures, du savon et de quoi cuisiner, échangent des falafels contre du pain carasau sarde et s’entretiennent avec les migrants pour écouter leurs histoires et leurs chants. Une nouvelle vie pointe le nez dans ce village morne, une saison douce qui éclot dans les couleurs d’un potager commun, mélange les langues et enflamme les discussions autour de la religion. Milena Agus réussit un pari difficile qui est celui de parler des migrants aujourd’hui. Il y a quelque chose de fascinant et de très original dans son écriture. Il s’agit peut-être de la forme particulière que prend son récit, car l’écrivaine emprunte le style de la tragédie grecque avec le chœur des femmes qui donne le rythme de la narration ; ou bien il s’agit du ton naïf, souvent politiquement incorrect, qu’elle utilise pour décrire le phénomène migratoire. Grâce à ce langage sans filtres, elle renverse les points de vue, s’extrait du battage politique autour de la question et nous offre un récit touchant et intimiste.

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