Chronique Décolonisations de Karim Miské, Pierre Singaravélou, Marc Ball

Bertrand Hugot Librairie Des pertuis (Saint-Pierre-d’Oléron)

Donner la parole à ceux que l’on n’entend pas, aux vaincus, aux opprimés. Remettre l’Histoire à l’endroit, en commençant par le bas. Au travers de multiples histoires d’hommes et de femmes du monde entier, ce livre nous enseigne une histoire commune mais complexe, tissée de luttes et de rêves.

Il y a Lamine Senghor, le tirailleur sénégalais qui se bat pour la France et qui, comprenant qu’il ne sera jamais qu’un indigène pour elle, décide de se battre contre l’ordre colonial. Il y a Nguyên Ai Quôc, le militant vietnamien qui rêve d’indépendance et qui, sous le nom de Hô Chi Minh, infligera une des plus grandes défaites de son histoire à l’armée française. Il y a Sarojini Naidu qui prônera toute sa vie la désobéissance et la non-violence : elle participera à faire plier le grand empire colonial anglais, afin d’obtenir l’indépendance de son pays, l’Inde. Des voix, des visages, des souffrances et des luttes. Voilà ce que donne à voir cet ouvrage au travers de nombreux portraits clairs et concis. Un cortège d’hommes et de femmes, connus ou non, qui, par leurs actions, participeront à la libération de leurs pays respectifs. Il s’agit bien de raconter l’Histoire par le bas, « à rebrousse-poil ». À rebours d’une historiographie ethnocentrée qui a longtemps placé les pays européens comme seuls acteurs de l’Histoire. Montrer la résistance des opprimés qui n’ont jamais arrêté de se rebeller contre l’injustice de la colonisation. Parfois en prenant les armes et en remportant des victoires militaires, comme Abdelkrim, l’insurgé marocain qui crée l’éphémère république du Rif avant d’être défait par l’armée française. Parfois par une lutte sourde. Ainsi les peuples du Congo qui, ne remplissant pas les quotas de production voulus par les colons belges, seront massacrés en si grand nombre que l’on parle de génocide oublié. Mais toujours la révolte. Malgré les horreurs et les crimes. Malgré la soi-disant supériorité morale des colons. Toujours se battre, pour soi d’abord, pour son pays. Mais aussi pour tous ceux qui subissent la domination d’un pays étranger. Se battre jusqu’au jour béni où la souveraineté d’un peuple, d’un pays est reconnu et accepté. Jusqu’au jour où il ne restera plus qu’à exister. Ce livre, édité par le Seuil en collaboration avec Arte (en accompagnement d’un documentaire du même nom), est un ouvrage important. Car la décolonisation est encore trop souvent d’actualité. Décoloniser les esprits est un processus long et fastidieux : les débats récurrents qui agitent la société française ne nous le montrent que trop. Cet ouvrage, par son point de vue axé sur les acteurs principaux de l’Histoire de la décolonisation – les peuples opprimés –, apporte une pierre à l’édifice d’une historiographie plus complète. Où, en se libérant, le révolté crée la possibilité d’un monde plus juste et se libère de son oppresseur.

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