Entretien L'Espionne de Marie-Aude Murail

Perrine Thierrée Librairie Tiers temps (Aubenas)

C'est sous les traits lumineux de l'illustratrice Églantine Ceulemans que nous revient une petite héroïne dont on fête cette année les 20 ans : Romarine, alias L'Espionne ! L'occasion de retrouver ce personnage malicieux, un brin irrévérencieux, et de papoter avec sa créatrice : la grande Marie-Aude Murail !

L'Espionne a 20 ans, mais n'a pas pris une ride. D'où vous est venue l'idée de ce personnage intemporel ?

M.-A. M. - En 2000, la rédaction de J’aime lire s’est aperçue que manquait à son programme une histoire de vie quotidienne amusante. J’ai tout de suite pensé à une histoire autour de la relation fraternelle. L’un des personnages serait de l’âge du lecteur de J’aime lire et l’autre permettrait à ce petit lecteur de se projeter dans ce qu’il serait bientôt, un adolescent. J’ai commencé à imaginer que le plus jeune saurait un secret concernant une bêtise de son aîné. Et l’idée est arrivée : « Comme métier, plus tard, je veux faire espionne ». J’ai longtemps eu des difficultés à camper des personnages féminins, consistants et drôles à la fois. Ma petite espionne me paraissait si prometteuse que j’ai eu du mal à m’en séparer. À peine avais-je terminé ce premier récit que j’en entamais un deuxième, puis un troisième. J’en avais fait un jeu avec ma fille, lui lisant mon brouillon et lui demandant son avis ; avec J’aime lire aussi à qui j’envoyais par mail des textes qu’on ne me demandait pas. Heureusement, Bayard éditions a pris le relais de Bayard presse pour la publication. J’en suis aujourd’hui à vingt-deux histoires, et certaines, lues par moi-même, sont à écouter sur le site de Bayard.

 

Émilien, Nils Hazard, Romarine... Beaucoup de vos personnages sont à l'origine de séries. Quel est votre secret pour les rendre si attachants ?

M.-A. M. - J’ai toujours lu pour aimer des personnages. Quand j’écris, je retrouve ce besoin fondamental d’aimer des personnages pour avoir envie d’écrire leur histoire. Raison pour laquelle je ne pars jamais d’une thématique. Je n’écris pas d’histoire « sur », mais l’histoire « de », Romarine en l’occurrence. Au-dessus de mon écran d’ordinateur, j’ai un tableau qui s’intitule Le Rêve de Dickens où l’on voit le romancier dans son fauteuil de bureau. Tout autour de lui, s’échappant de sa rêverie, il y a les personnages (David Copperfield, Oliver Twist, Paul Dombey, Miss Havisham…) auxquels il a donné la vie et qui désormais le protègent et le réconfortent. C’est mon rêve d’écrivain.

 

Pour cette nouvelle édition, L'Espionne change de visage, comment avez-vous travaillé avec Églantine Ceulemans ?

M.-A. M. - C’est Bayard qui a choisi Églantine Ceulemans pour succéder à Frédéric Joos qui a porté fidèlement Romarine et son club d’espions pendant vingt années. Bayard a voulu relancer la série auprès d’une nouvelle génération de lecteurs et lectrices. Il n’y a pas eu de travail en commun avec Églantine. L’illustrateur est pour moi un créateur au complet qui peut se passer de mes services. Mais surtout, j’ai fait confiance à l’éditeur qui m’a dit que l’illustratrice « aimait beaucoup mes livres », ce qui est l’essentiel !

 

Romarine n'a pas la langue dans sa poche et envoie balader beaucoup de clichés. Est-ce aussi à cela que doit servir la littérature jeunesse ?

M.-A. M. - Allez, je vais vous faire le coup de « l’espionne, c’est moi. » J’écoute les conversations dans les cafés et les magasins, je fais des hypothèses sur la vie des gens d’après leurs caddies pleins, je laisse parler les enfants autour de moi, je hume l’air du temps et je cherche ce qui est drôle ou dérangeant. Je n’ai pas eu d’emblée le projet de faire un personnage qui serait une métaphore de l’écrivain que je suis. Je raconte des histoires et je laisse mon inconscient bricoler tranquille dans son coin. Mais je me suis tout de suite rendu compte que l’Espionne me plaisait par l’énergie qu’elle dégageait et sa manière de rendre le quotidien « très, très intéressant ». Elle me fait rire aussi par sa désinvolture et ses petits accommodements avec la morale. Je ne me bats pas contre les idées reçues, mon héroïne s’en charge à ma place.

 

On me souffle à l'oreille qu'il y aura bientôt une BD de L'Espionne et même une aventure inédite. Comment vivez-vous cette « renaissance » ?

M.-A. M. - Romarine est, comme vous me le disiez, une héroïne intemporelle, mais qui n’a jamais quitté le présent. Écrirai-je « L’Espionne regrette le présentiel » ? Je ne sais pas encore comment j’accompagnerai ce que vous nommez cette « renaissance ». Romarine n’a jamais disparu de mon imaginaire, pas plus que Tintin. J’ai sa voix dans la tête. Et elle a toujours le même âge, qui me fait oublier le mien, chaque fois que je la retrouve avec mon stylo !

 

À propos du roman

Ce premier tome de L'Espionne rassemble trois histoires de la pétillante Romarine. Entourée d'une famille où l'on ne s’ennuie jamais, elle décide de rendre le quotidien encore plus fou en apprenant à espionner et déceler tous les mystères qui l'entourent. Qui son grand frère cache-t-il dans sa chambre ? Quel est le prénom de la maîtresse ? Qu'est-ce que fabrique sa sœur avec sa meilleure copine ? Rien ne lui échappe. La discrétion n'étant pas toujours son fort, il y a parfois des loupés, mais elle travaille dur ! Aussi géniale à sa création qu'aujourd'hui, cette série de Marie-Aude Murail est un vrai régal pour les jeunes lecteurs, à (re)découvrir absolument !

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