Polar

Gillian McAllister

Après minuit

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photo libraire

Chronique de Adrien Lemoine

Librairie Groupe Eyrolles (Paris)

Avec six romans remarqués dont deux parus en France, Gillian McAllister rentre dans la cour des grands avec un roman qui rendrait un lecteur sous narcoleptiques insomniaque. Après minuit, thriller aussi cadencé qu'addictif, lui permet de démontrer tout son talent.

Jen Brotherhood mène une vie d'avocate investie dans la banlieue de Liverpool. Elle semble être dans une situation idéale. Heureuse dans son couple et maman d’un garçon qui vient seulement d’avoir 18 ans, elle vit dans une maison magnifique aux grandes fenêtres avec un voisinage qui se donne du mal pour décorer leurs jardins de courges aux sourires édentés pour Halloween. D’ailleurs, en ce 30 octobre, Jen aussi sculpte une citrouille sous le regard amusé de son conjoint, Kelly. Elle scrute la rue depuis sa grande baie vitrée. Sa patience est mise à rude épreuve alors que son fils, Todd, joue avec les limites de sa permission d'une heure du matin. Lorsqu'elle finit enfin par l'apercevoir au bout de la rue de son lotissement tranquille, il n'est pas seul. Quelque chose ne tourne pas rond. Jen le sent. Comme un pressentiment. Et pour cause, Jen n'a pas le temps de comprendre qu’il ne s’agit pas que d’une impression : Todd poignarde l'inconnu. Malgré les questions incessantes de Jen pour comprendre, Todd reste muet et sûr de lui. Sidération et terreur empêchent Jen de réagir lorsque son propre fils avoue tout, avant même d'être arrivé au commissariat. Malgré les menaces et l'insistance de Kelly, la police ne leur permettra pas de parler à Todd avant le lendemain. S'ensuivent les fouilles du domicile et les éprouvantes questions qui finiront tard dans la nuit. D'épuisement, sans doute, Jen finit par s'endormir en espérant comprendre et sortir son fils du très mauvais pas dans lequel il se trouve. Le réveil sonne, Jen se lève avec quantités de questions et d'incertitude. Mais, alors qu’elle peine à reprendre le fil de ses pensées, elle aperçoit Todd sortant de sa chambre, mal réveillé. Son mari à l'air d'avoir complètement oublié la soirée de la veille. Après vérification, en effet, nous sommes le 28 octobre. La terrifiante attaque perpétrée par son fils n'a pas encore eu lieu. Hallucination nocturne ou rêve prémonitoire ? Jen va devoir le découvrir. Et vite, car si cette soirée infernale doit bien avoir lieu, il lui reste peu de temps pour intervenir avant que Todd ne commette l’irréparable. Bien sous tous rapports, cette petite famille renfermerait-elle de sombres secrets ? Le vernis dont est recouverte la famille Brotherhood craquelle un peu plus à chaque page. Gillian McAllister nous plonge dans livre qui paraît être un bon polar mais se transforme peu à peu en thriller incroyablement haletant. Maîtrisant à merveille ellipse et changement de point de vue, l'autrice nous empêche de dormir jusqu'au retournement qui ne peut sans doute avoir lieu qu'après minuit.