Essais
Christophe Ono-dit-Biot
Mer intérieure

-
Christophe Ono-dit-Biot
Mer intérieure
Les éditions de l’Observatoire
12/03/2025
220 pages, 21 €
-
Chronique de
François-Jean Goudeau
Etablissement Scolaire ESTHUA - Université d'Angers (Angers) -
❤ Lu et conseillé par
4 libraire(s)
- Valérie Barbe de Au brouillon de culture (Caen)
- François-Jean Goudeau de ESTHUA - Université d'Angers (Angers)
- Christine Milhès de Privat (Toulouse)
- Émilie Wivincova de Le Vagabond immobile (Arreau)
✒ François-Jean Goudeau
(Etablissement Scolaire ESTHUA - Université d'Angers, Angers)
Quand l’auteur du roman radieux Croire au merveilleux invoque avec gourmandise ses mythologies marines – mémorielles, sensorielles, fantasmagoriques, littéraires –, l’enchantement nous attend à nouveau aux bords des rivages.
« Les anciens Grecs appelaient [...] la Méditerranée esô thálassa : la "mer intérieure" ». Si cette étendue matricielle est encore l’une des héroïnes du nouveau récit de Christophe Ono-dit-Biot, ce n’est pas cette fois dans le domaine fictionnel.
Cette Mer intérieure est ainsi un recueil d’hommages au « petit musée aquatique » du natif du Havre. Un ensemble de textes, savants et sensibles, qui prend la forme d’une odyssée d’un demi-siècle, à la fois très personnelle et universelle. De son rapport premier à La Manche, en passant par les êtres de légende, le vivant à respecter, sauvegarder et, parfois paradoxalement (le poulpe !) à savourer, la fascination pour la figure du corsaire ou encore tous les grands écrivains de la mer ; préférée à l’océan, sauf quand Giono traduit Melville et fait de ce dernier un territoire capital : « Chaque homme, à quelque période de sa vie, a eu la même soif d’Océan que moi. »
Cette soif, celle de la baleine, des amoureux Léandre et Héro, des Atlantes, du capitaine Nemo ou du plongeur Ono-dit-Biot, toutes les lectrices et tous les lecteurs la reconnaîtront. Et seront charmés par ce chant d’amour à la mer et ses sirènes, signé par ce conteur hors pair qui n’est pas sans ressemblance avec Fred Bernard, notamment celui de son dernier roman graphique Nos héritages.
L’un des exergues de l’excellent polar Valence rouge (dont vous retrouverez la chronique dans ce numéro) est « Le remède à tous les maux est l’eau salée : la sueur, les larmes ou la mer », que l’on doit à Isak Dinesen, un des pseudonymes de Karen Blixen. Ces mots, plutôt que ceux de Paul Valéry qui ouvrent son récit, sont un bel abrégé de la philosophie prônée par l’écrivain. Plongez avec lui et avec délice dans les abysses de l’expérience liquide.