Chronique Ces orages-là de Sandrine Collette

Cyrille Falisse Librairie Lo Païs (Draguignan)

Alors que son avant-dernier roman sort en poche – le sublime Et toujours les forêts, prix du livre France Bleu/Page des Libraires 2020 –, Sandrine Collette délivre un nouvel uppercut littéraire qui laisse le lecteur étourdi, à genoux devant ce tour de force virtuose qui décortique les mécanismes retors de l’obsession.

Clémence s’installe dans une minuscule maison, avec un petit jardin dense qu’elle embrasse d’un regard. Au fond du rectangle en friche, une petite mare, quelques poissons rouges, dont un qui présente une boursouflure, une blessure apparente. Clémence est comme ce poisson, tournant en rond dans un bassin ou dans une cage. La sienne est mentale. Son esprit ne lui laisse pas une minute de répit. Les pensées viennent à elles et se fracassent comme sur les parois étanches et obscures d’une mare ; elles rebondissent et la frappent à nouveau, de manière ininterrompue. C’est épuisant ! Du coup, Clémence n’a plus de vie. N’ayant pour elle que les réminiscences toxiques de sa relation, celle qu’elle vient de fuir, armée d’un courage dont elle se croyait incapable. Mais les souvenirs la rongent : loin de lui, elle n’est plus qu’une petite chose faible et fragile. Du moins c’est comme ça qu’elle se voit et s’appréhende. Rien ne pourra lui redonner confiance, rien. Thomas, même son nom est difficile à prononcer : il est partout, dans tous les recoins de son obsession. Il est chaque silhouette, il habite chaque ombre, patientant derrière chaque porte. Thomas a tout pris, tout ravagé. Clémence n’a plus rien, sauf des images de lui qui se moquent d’elle en permanence. Il n’aurait pourtant qu’un mot à dire pour qu’elle flanche, trébuche et s’abandonne à lui. Redevenir sa chose, être au moins quelque chose. Sandrine Collette réalise une prouesse littéraire. Son écriture âpre, furieuse, lui permet de retranscrire avec une rigueur clinique le mécanisme de l’obsession et la difficulté de la reconstruction une fois que le corps et l’esprit sont en miettes. Car l’obsession est un refuge, drogue sous perfusion qui rassure autant qu’elle harasse. Le lecteur est projeté dans le cerveau malade de Clémence, dans sa tempête intérieure, frappé d’éclairs et de tonnerres. La force des grands textes, c’est qu’ils parviennent à faire corps avec leur sujet, que la forme et le fond se confondent pour n’être qu’une même expression, une griffe en relief sur la page. Avec son sens inné du suspense, elle transforme alors un récit de la disparition, de la désintégration en un murmure assourdissant de la survie. Chez l’autrice rien n’est jamais figé, tout se métamorphose toujours pour nous prendre à revers et faire de nous les témoins d’un bouleversement. Au fin fond des drames puissants scintille quelque part l’éclat d’une résurrection, la possibilité invisible, enfouie, d’une action qui modifie l’ordre des choses.

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