Chronique Temps sauvages de Mario Vargas Llosa

  • Mario Vargas Llosa
  • Traduit de l'espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan et Daniel Lefort
  • Coll. «Du monde entier»
  • Gallimard
  • 09/09/2021
  • 382 p., 23 €

Camille Colas Librairie du Channel (Calais)

Dans une vaste fresque épique et politique, Mario Vargas Llosa continue son exploration du roman politique. Construit comme un écho à son précédent roman La Fête au bouc (Folio), Mario Vargas Llosa plonge le lecteur dans les turpitudes politiciennes sud-américaines des années 1950.

Mario Vargas Llosa nous narre un scandale révolutionnaire ou comment, en 1954 au Guatemala, pour protéger les intérêts financiers d’une Compagnie fruitière américaine, la United Fruit Company, les États-Unis (notamment la CIA) ont aidé au renversement d’un gouvernement démocratique, le gouvernement de Jacobo Árbenz, soupçonné d’accointances avec l’URSS et de vouloir implanter le communisme sur le territoire sud-américain. Rappelons que l’auteur péruvien Mario Vargas Llosa avait reçu en 2010 le prix Nobel de littérature pour « sa cartographie des structures du pouvoir et ses images aiguisées de la résistance de l'individu, de sa révolte et de son échec ». L’auteur nous prouve une fois de plus son talent dans ce domaine. C’est en chroniqueur des turpitudes politiciennes, des coups et bassesses politiques qu’il décortique cet élément clé de la guerre froide. Deux éléments narratifs sont à souligner. Premièrement, les personnages de ce roman sont tous plus rocambolesques les uns que les autres. Vous y croiserez une Mata Hari guatémaltèque (« Miss Guatemala »), un pantin de la CIA (Castillo Armas), un ambassadeur américain au passé douteux (l’ambassadeur Peurifoy, alias le Cow-boy) etc. Deuxièmement, Temps sauvages est un roman sur la manipulation des esprits où les experts en communication servent les politiques : « Il faudrait travailler avec prudence et habileté pour que les médias ne se sentent pas manipulés. Tout devrait se dérouler avec la spontanéité que met la nature dans ses merveilleuses transformations, faire en sorte que cela constitue des “scoops” que la presse libre et progressiste découvrirait et révèlerait au monde. ». La machine narrative de Temps sauvages est implacable. Indéniablement, le lecteur s’interrogera quant à savoir ce qui est politiquement vrai et ce qui est œuvre de fiction. Mario Vargas Llosa livrait l’explication de sa vérité fictionnelle sur France culture le 8 septembre 2021 : « J'ai suivi très strictement les actions militaires, mais, pour le reste, j'inventais beaucoup, j'inventais des personnages. J'ai travaillé comme travaillent les romanciers dans les romans qu'ils écrivent, en suivant la réalité jusqu'à un certain point, et partir de ce point-là, en utilisant la fantaisie, l'invention. Oui, c'est un roman, pas un livre d'Histoire. Mais c'est un roman qui du point de vue politique est vrai. ».

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