Littérature étrangère

Keigo Higashino

Mondes parallèles, Une histoire d'amour

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photo libraire

Chronique de Sacha Lopez

Librairie Maison du livre (Rodez)

Avec Mondes parallèles, Une histoire d'amour, Keigo Higashino continue, après Les Miracles du bazar Namiya, de creuser un sillon science-fictionnel dans une œuvre riche, jusqu'ici dominée par le polar.

Pendant des mois, Takashi, qui travaille dans une entreprise spécialisée dans la réalité virtuelle, a pris le train dans la même gare que Mayuko, une très belle jeune femme dont il est tombé amoureux sans jamais la connaître. Un jour, son meilleur ami, Tomohiko, lui présente sa copine... Mayuko. Dès lors, un triangle amoureux feutré va se mettre en place, la petite bande étant inséparable tant à la ville qu'au travail. Avec son écriture épurée et son sens de la nuance caractéristiques, Higashino crée une toile subtile dans laquelle le héros va peu à peu s'engluer. Ses émotions ambivalentes le rendent aussi sympathique qu'antipathique, le poids des conventions sociales et de l'éthique de bureau du Japon contemporain s'ajoutant à la douloureuse question de la réalité virtuelle et plus particulièrement de la contrefaçon des souvenirs. En bon auteur de romans policiers, Higashino use de petits détails quotidiens pour créer une angoisse existentielle subtilement distillée. On songe aux films Eternal Sunshine of the Spotless Minds et Ouvre les yeux, mais résumer le roman à ces influences probables serait réducteur. Il aurait été facile d'user de retournements de situations spectaculaires pour tenir le lecteur en haleine mais la marinade dans laquelle mijotent le cœur et l'esprit de Takashi est en elle-même un problème suffisant pour maintenir une tension insidieuse. La richesse des interactions et la nuance des émotions des personnages sont le gros point fort de cette histoire d'amour contrariée dans un monde où le virtuel prend une place de plus en plus importante dans nos vies sentimentales. Une fois le livre refermée on est laissé face à un questionnement profond : à quel point nos souvenirs nous définissent-il ? En bon écrivain, Higashino nous fait confiance pour y répondre.