Jeunesse

Won-Pyung Sohn

Amande

  • Won-Pyung Sohn
    Traduit du coréen (Corée du Sud) par Juliette Lê
    PKJ
    05/05/2022
    336 p., 17.90 €
  • Chronique de Virginie Reina
    Librairie Espace culturel (Quimper)
  • Lu & conseillé par
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Chronique de Virginie Reina

Librairie Espace culturel (Quimper)

Un aspect de la littérature qui m’a toujours conquise et impressionnée est cette force incroyable qu’ont les mots, les histoires… La force de nous montrer, de nous toucher, de dénoncer, de nous faire espérer et lutter pour une meilleure société.

Alexithymie. Avant d’ouvrir Amande, ce mot ne m’évoquait rien, me semblait même impensable. L’alexithymie est une maladie particulière qui touche l'amygdale, partie du cerveau nous permettant de comprendre et ressentir les émotions. Imaginez, non pas perdre, mais ne jamais avoir eu la capacité d’être heureux, triste, en colère… De ne pas savoir ce qu’est la peur ni l’amour. Cette maladie, Yunjae, notre héros, tente de vivre avec. Pendant que les enfants de son âge apprenaient à lire et compter, sa mère lui enseignait les émotions, leurs symptômes et comment y réagir de manière « normale ». Sa vie devient plus complexe encore quand, à 15 ans, il perd sa mère et sa grand-mère et se retrouve seul face à une société dure, si intolérante et cruelle face à la différence. Amande est un roman étonnamment chargé d’émotions. Le témoignage distancié du narrateur sur sa propre vie nous aide à visualiser sa difficulté à ressentir. Son esprit analytique réussit à nous captiver, nous faire vibrer et chaque ligne nous bouleverse un peu plus. L’œuvre de Won-Pyung Sohn mérite d’être lue, partagée, discutée et transmise au plus grand nombre. Je conclurai ici, afin de vous laisser le plaisir de découvrir le récit de Yunjae et le vivre à travers ses mots : « […] cette histoire est celle d’un monstre qui en rencontre un autre. Et l’un de ces monstres, c’est moi. ». Les premières lignes d’Amande nous informent sans aucun détour de ce qui nous attend, comme si l’auteur nous offrait une dernière chance de fermer les yeux et rester dans l’ignorance. Pour ma part, cette phrase est probablement celle qui m’a le plus marquée de tout le livre, insufflant sans le vouloir une réponse automatique dans mes pensées : qu'est-ce qu’un vrai monstre ?