Comment vous est venue l’idée de ce texte à quatre mains ?
Stéphanie Benson et Nelly Labère – Nous sommes amies et collègues depuis longtemps, partageant une passion pour la littérature, ses sources, les textes fondateurs... Nous avions déjà écrit un article scientifique ensemble autour d’un texte emblématique du Moyen Âge, Les Quinze Joies du mariage, et notre passion pour les univers merveilleux nous a amenées à vouloir créer ensemble un monde de fantasy avec des éléments propres aux histoires médiévales qui nous viennent de la France, de l’Italie, de l’Espagne et du Maghreb. Et progressivement, La Mandragore de cristal est née !
Créer un univers de fantasy n’est pas évident. Comment y parvenir à deux et à distance ?
S. B. et N. L. – Nous avons écrit de nombreux synopsis, élaboré des tableaux chronologiques et des portraits de personnages en lien avec les thèmes déjà évoqués qui, nous semblait-il, étaient toujours d’actualité pour les lecteurs d’aujourd’hui. Nous voulions une quête avec un objet non pas à détruire ni simplement à trouver, mais à constituer collectivement. C’est pour cela que nous avons choisi une narration à plusieurs points de vue afin de déjouer la vérité unique. Une fois ces thèmes identifiés, nous avons réfléchi ensemble, lors de moments de rencontre (l’une de nous vit à Paris, l’autre en Irlande), par téléphone, visio, échanges de courriels... Petit à petit, ce monde a pris une réelle cohérence avec sa géographie, ses langues et cultures, ses luttes de pouvoir. À partir de là, nous avons élaboré les personnages.
Comment avez-vous fonctionné pour l’écriture ? Chacune un chapitre ? Écriture conjointe ?
S. B. et N. L. – Pour l’écriture, nous avons fonctionné comme pour la création du monde de Terra. Nous avons commencé par écrire des synopsis de plus en plus détaillés, pour établir la structure de fond, puis nous avons commencé à rédiger. Au début, chacune choisissait à partir des résumés les scènes qui lui faisaient le plus envie, puis l’autre revenait dessus, on en discutait et ainsi de suite. Aujourd’hui, nous ne saurions plus dire qui a écrit quoi !
Cette histoire de cristaux forgés comme des pierres précieuses est fascinante. Où avez-vous puisé l’inspiration ?
S. B. et N. L. – Dans les lapidaires du Moyen Âge, notamment dans celui de Marbode de Rennes (XIe siècle) dont le manuscrit de la première version romane est conservé à la BnF. Parmi les croyances de l’époque, le pouvoir magique des pierres et cristaux est essentiel, aussi bien pour le bien-être individuel que pour la préparation d’élixirs et le travail des alchimistes. C’est cet univers de croyances où la magie est liée à la terre plus qu’aux individus qui nous a passionnées, même si la question des pouvoirs individuels est également abordée dans cette trilogie.
Pourquoi ajouter cet élément temporel d’urgence par rapport au mariage de Kerill et Maryan qui aurait pu être un moyen pour eux d’échapper à cette union organisée par leurs parents ?
S. B. et N. L. – Après la scène qui avait séparé Kerill et Maryan, nous voulions les obliger, malgré cette séparation, à affronter leur choix plutôt que de laisser la situation dans un entre-deux où le temps et l’éloignement allaient agir à leur place. Ainsi le mariage devient un enjeu différent, leur enjeu à eux et non pas celui de ceux qui l’ont décidé à leur place. L’attraction que chacun des deux éprouvait pour l’autre se joue différemment quand ils imaginent que leur mariage pourrait ne pas se concrétiser.
Quand pourrons-nous découvrir la suite ?
S. B. et N. L. – Le tome 2 sortira en octobre. Nous sommes sur les dernières corrections du manuscrit avant la préparation de la copie pour l’impression. Les magnifiques couvertures en cold foil et le jaspage rendent le procédé d’impression assez long et compliqué. Nous devons rendre le texte beaucoup plus en amont que pour un livre moins visuellement élaboré. Le tome 3 est prévu pour mars 2026. Le premier jet est plus ou moins terminé et nous commencerons les corrections et ajustements dès la fin des corrections du tome 2. En fait, ça ne s’arrête pas !
Maryan a grandi jusqu'à ses 10 ans dans un klosteri tenu par des Sorsaber (femmes qui vivent en communauté telles des religieuses). Puis une femme, la Jarlkona de Graen Eyja, est venue la chercher pour en faire son héritière. Aujourd’hui Maryan doit épouser Kerill de Bois-Satur, troisième fils du Duch. Ils ne se connaissent pas. Seulement les noces ne se déroulent pas exactement comme attendues et Kerill et Maryan, séparés à cette occasion, n’ont que six jours pour se retrouver et consommer leur mariage sous peine de le voir définitivement annulé. Quels sont les enjeux de ce mariage ? Et quelle est cette étrange capacité de Maryan à illuminer des cristaux ? Tenez-vous prêts à déjouer les pires trahisons et à faire confiance à des inconnus.