Entretien Entretien avec Christophe Lambert

Par Aude Marzin, Librairie Jeux, lis, là ! (Paris)

Les messagères sont des femmes à l’existence historique ! Venez cheminer aux côtés de Nettie pour découvrir leurs destins extraordinaires. Comment des femmes « ordinaires » ont-elles porté la culture et l’éducation dans les contrées les plus reculées des États-Unis ?

Votre roman raconte un épisode méconnu de l’histoire américaine. Comment en avez-vous eu connaissance ? Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire l’histoire de ces femmes ?

C. L. - Début 2020, mon ami l’écrivain Xavier Mauméjean a relayé sur Facebook un article intitulé « Badass female librarians delivered books on horseback in the thirties ». J’ai tout de suite été frappé par les photos qui illustraient ce papier : de véritables Calamity Jane à cheval, en train de traverser des rivières ou de gravir des pentes abruptes pour aller distribuer des livres aux communautés isolées du Kentucky, souvent des gens très démunis. L’aventure épique, la promotion de la lecture, bref, il y avait là-dedans tout ce qu’il faut pour m’emballer ! J’ai envoyé un mail à Xavier en lui demandant si, par hasard, il n’était pas en train de développer quelque chose à partir de cet article. Il m’a répondu « Non, non, vas-y, fais-toi plaisir » et j’ai aussitôt sauté en selle !

 

Comment est née Nettie dans votre imagination ? En quoi sa couleur de peau est-elle importante dans votre roman ?

C. L. - J’avais noté sur mon carnet à idées plusieurs profils possibles de « messagères » : une fugitive avec une mort sur la conscience, une Noire en butte au racisme ambiant, une illettrée qui essaierait de cacher ce secret honteux et, enfin, une ancienne prostituée ayant abandonné son enfant. J’avais imaginé des scènes émouvantes où cette femme apportait des livres à sa fille sans que cette dernière ne soupçonne leur lien de parenté. J’ai regroupé les trois premiers profils en un seul personnage et j’ai laissé tomber le dernier, sans doute parce que le côté « prostituée » n’est pas évident à caser en littérature jeunesse. Et puis, le personnage aurait peut-être été trop « chargé ». Pour moi, la couleur de peau de Nettie a une fonction avant tout dramaturgique : plus mon personnage devra surmonter des obstacles (se faire accepter par une communauté blanche du Sud des États-Unis dans les années 1930 n’était sans doute pas une mince affaire), plus l’histoire sera riche, dense, prenante. Et puis, il y a, cela va sans dire, un message humaniste derrière tout ça (même si je n’aime pas le mot « message »).

 

Vos personnages ont tous une personnalité et une psychologie complexes. Le chasseur de primes l’est peut-être plus que les autres. Mais pourquoi est-il aussi méchant ?

C. L. - Vous connaissez l’adage « Meilleur sera le méchant, meilleure sera l’histoire » ! Je ne sais plus si cela vient de Disney ou Hitchcock, mais le fait est qu’il faut soigner l’antagoniste. Pourquoi Nathanael Wentworth est-il aussi méchant ? Pour qu’on ait peur que mon héroïne tombe entre ses pattes, bien sûr ! Et puis les personnages de sadiques et/ou psychopathes sont toujours les plus amusants à écrire.

 

Le révérend Deaton est-il inspiré d’un homme ayant existé ?

C. L. - Si j’en crois Wikipédia, il a bel et bien existé, mais je n’ai pas trouvé grand-chose sur lui, du point de vue de la documentation. Alors j’ai brodé et j’en ai fait un ecclésiastique bienveillant, un mentor positif dans la lignée du Monseigneur Myriel des Misérables. D’ailleurs, Nettie, c’est un peu Jean Valjean, et Wentworth est en quelque sorte « mon » Javert !

 

Est-ce que supprimer la vie de certains personnages vous a posé des problèmes (surtout quand ce sont des « gentils ») ?

C. L. - Sans être aussi extrémiste que George R. R. Martin, il est vrai que je n’hésite pas à zigouiller des personnages principaux. Il me semble que ça place le lecteur dans un état d’insécurité assez efficace (« Diable, si ce fou d’écrivain a osé faire ça, il est capable de tout ! »). En gros, on a peur pour ceux qui restent. J’avais eu la main un peu lourde dans ma V1, aussi mes éditrices m’ont-elles demandé d’épargner une « messagère » qui, à l’origine, devait mourir dans le dernier acte.

 

De telles « messagères » ont-elles existé en France ?

C. L. - Pas à ma connaissance, mais ça vaudrait le coup de creuser la question. J’imagine très bien ce genre de cavalières dans l’Aveyron, la Lozère ou le Cantal !

 

 

À propos du livre
Nettie est une jeune femme noire qui a quitté Charleston voici 4 ans, à la suite du décès accidentel du fils aîné de son patron. Pour les parents du jeune homme, elle est coupable. Ils envoient donc sur sa piste un chasseur de primes impitoyable. Au bord d’une rivière, Nettie trouve le corps sans vie d’une femme, tombée aux pieds de son cheval. Par humanité, elle l’enterre. Lorsqu’elle regarde dans les sacoches pleines, elle n’y trouve que des livres. Prenant la longe de l’animal, elle se rend dans le village voisin où le cheval est reconnu. Nettie est emmené auprès du révérend Deaton. Ce dernier est le fondateur d’un mouvement d’éducation hors normes : les femmes qu’il recrute vont dans les contrées les plus reculées afin d’y apporter des livres, des journaux ou même des encyclopédies. Et il va proposer à Nettie de devenir l’une de ses messagères...

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