Entretien Entretien avec Martin Dumont

Par Gaëlle Maindron, Librairie Livres in room (Saint-Pol-de-Léon)

Un prix littéraire, c'est la rencontre avec un texte, une histoire. Le roman de Martin Dumont est de ceux qui vous happent, vous prennent par la main et vous gardent longtemps avec eux parce qu’il est simplement douloureux de quitter ceux qui vous ont ouvert les portes de leur vie.

Vous nous embarquez dans un lieu, une île. Pouvez-vous nous la présenter ?

Martin Dumont - C’est une île qu’on devine océanique, sans doute un peu bretonne. C’est un endroit plein de vie en été, plus rude et isolé l’hiver. Il y a un port, des pêcheurs, un bar et même un petit chantier naval, et ses habitants se connaissent souvent depuis toujours. Cette île ressemble en fait à de nombreux endroits de la côte atlantique. D’ailleurs, si j’ai évité de la nommer ou de la situer, c’est pour que le lecteur puisse l’associer aux endroits de son choix, à son vécu et à ses propres souvenirs. Cela m’offrait aussi une liberté totale au moment de la décrire. Elle s’inspire malgré tout fortement des îles bretonnes que je connais et que j’aime tout particulièrement : Groix, Belle-Île, Houat, Ouessant. Il y a aussi un peu de la presqu’île de Gâvres, dans le Morbihan, qui est un endroit où je retourne le plus souvent possible. Je me suis bien sûr beaucoup documenté sur l’histoire de l’île de Ré en écrivant ce texte.

 

Cette île, nous la rencontrons à un moment bien particulier : celui de la construction d'un pont pour la relier au continent.

M. D. - Le pont est un bouleversement. Pour les îliens, il signifie d’abord la perte de l’insularité. C’est la fin d’un monde, d’une époque, « la mort de la poésie » comme le dit l’un des personnages. Au-delà des enjeux touristiques ou environnementaux, l’idée même de pont en révolte certains. Une île n’en est plus une si l’on peut la rejoindre en voiture. Mais pour d’autres, c’est aussi un signe d’ouverture, une opportunité économique, voire une nécessité face à la chute démographique. Je voulais développer l’ambivalence des sentiments à travers les différents personnages. J’aime aussi la symbolique du pont : la main tendue, l’ouverture sur les autres, le lien. Il me semblait qu’il y avait un parallèle intéressant à faire avec les relations humaines. Peut-être que nous sommes tous un peu des îles qui, parfois malgré nous, ont besoin de ponts.

 

 

 

Justement, votre roman est avant tout une histoire d'hommes et de femmes, mais d'hommes surtout ! Ils sont beaux ces hommes, doux, fiers, travailleurs. Qu'aviez-vous envie de nous dire d'eux ?

M. D. - J’ai toujours été frappé par le sentiment de fierté qui anime ceux dont le travail est directement lié à la mer : les marins, les pêcheurs, les ouvriers sur les chantiers navals, hommes comme femmes. C’est comme s’ils avaient la certitude que la mer à elle seule justifiait leur activité. Pourtant ce sont souvent des métiers durs, usants, voire parfois dangereux. Mais il y a une camaraderie, une solidarité qui est encore renforcée dans mon roman par l’insularité. J’avais envie de décrire cette ambiance particulière, sans occulter non plus les travers qui apparaissent lorsque l’on touche aux questions de territoires, d’appartenance et d’exclusivité. Quoi que j’écrive, l’objet de mes textes, c’est avant tout les gens. C’est ce qui m’intéresse. Leurs sentiments, leur complexité et les relations qu’ils nouent entre eux.

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Votre roman est beau, pudique et merveilleusement juste. Comment est née cette histoire ?

M. D. - Merci pour ces jolis mots qui me touchent. Je suis architecte naval de formation, amoureux de mer et de voile, et les îles m’ont toujours fait rêver. J’avais depuis longtemps en tête cette idée d’insularité perdue mais je ne parvenais pas à écrire une histoire qui me convienne. À chaque fois je jetais tout et ne gardais que l’île et le pont. J’ai fini par me dire qu’il fallait écrire quelque chose à hauteur de personnages simples, d’où apparaîtrait le caractère universel de la situation qu’ils s’apprêteraient à vivre. C’est de cette idée-là, une analogie entre l’île et mon personnage principal, que je suis d’abord parti. Je crois que ma passion pour les bateaux s’est ensuite glissée dans le texte un peu inconsciemment. C’était facile de parler de ce monde que j’aime et que je connais bien. La résine des chantiers navals dans lesquels j’ai moi aussi travaillé, la magie des sorties en mer sur un petit dériveur ou même les soirées dans les bistrots du port. C’est bien sûr une fiction, mais il y a dans ce texte une part de vécu.

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