Chronique Rhapsodie en bleu de Andrea Serio

Florence Londeix Librairie Page et Plume (Limoges)

Andrea/Andrew, deux prénoms mais un seul garçon et un destin tragique. L’été, l’Italie, le bleu de la mer et du ciel, l’insouciance de trois cousins. Le tableau est idyllique mais nous sommes à l’été 1938 et les lois raciales de Mussolini sont proclamées.

 

Andrea, jeune juif Italien, passe l’été avec ses cousins sur les bords de la mer Adriatique. Nous sommes en 1938 et tous vont très vite prendre conscience que leur vie ne sera plus jamais la même. Ils vont devoir dire adieu à tous leurs rêves, notamment celui de poursuivre des études. Le destin d’Andrea vient de basculer.

Les éditions Futuropolis nous proposent, avec Rhapsodie en bleu, un album magnifique. Dès les premières pages, nous voilà plongés dans un univers très bleu, empreint de poésie. Les planches sont sublimes et les couleurs pastel ne sont pas sans rappeler Lorenzo Mattotti dont Andrea Serio s’inspire dans ses dessins. Ici, pas de traitement informatique, l’auteur n’aime pas les ordinateurs. Son travail aux pastels sert parfaitement son propos. La douceur des traits et des couleurs atténue la violence de l’histoire. En effet, il est question dans cet album de la montée du fascisme en Italie et des lois raciales qui vont priver les juifs de tous leurs droits mais aussi des répercussions qui en découleront. En effet, à travers le destin et le regard d’Andrea, l’auteur nous montre une Italie qui va basculer dans la violence et le racisme. Andrea fuit cette atmosphère qu’il ne supporte plus et devient Andrew, jeune immigré à New York. Il va pouvoir vivre à nouveau, redevenir un jeune homme ordinaire et profiter des joies simples de la vie. Seulement voilà, les nouvelles de la guerre qui sévit en Europe le rattrapent. Peut-il rester indifférent au sort de tous ces gens qui vivent dans l’oppression? Certes non. Il s’enrôle donc dans l’armée et revient sur sa terre natale ravagée par un conflit sanglant. La force de l’album est de raconter tout cela avec empathie et poésie. Les planches sont toujours d’une beauté à couper le souffle, les couleurs sont une invitation à la rêverie. Il est troublant d’avoir envie de voir ces paysages, d’accompagner Andrew/Andrea pour ce retour chez lui alors que la guerre fait rage et qu’il est un soldat. Mais Andrea Serio réussit parfaitement ce tour de force. L’histoire est certes tragique parce que véridique, mais toujours belle malgré les horreurs de la guerre. Andrea garde toujours foi en l’humanité : un jour nouveau va forcément arriver, les choses vont s’arranger et la vie redevenir belle, comme les paysages de l’Italie. Cette Italie d’avant le conflit dont il voudrait faire ressentir la beauté et la quiétude à ses compagnons d’armes. Cette Rhapsodie en bleue est une ode à la beauté, à la vie et à l’abnégation. Andrea est un personnage romanesque inspirant. Son histoire, racontée avec justesse, en fait un héros attachant qui ira au bout de ses convictions. Un album touchant qui ne laisse pas indifférent, tout en retenue et délicatesse. Laissez-vous emporter dans cette rhapsodie où émotions et émerveillement sont au rendez-vous. Une des plus belles BD de cette fin d’année.

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