Littérature française

Mélikah Abdelmoumen

Petite-Ville

✒ Céline Dereims

(Librairie Les yeux qui pétillent, Valenciennes)

Mêlant les genres, Petite-Ville est un roman social et une dystopie aux allures de polar qui souligne les paradoxes et les inégalités de notre société. Un véritable page turner.

Simon, auteur et journaliste de renom, qui dénonce les inégalités persistantes de la société, est retrouvé mort sur le terrain de l'ancienne Zone devenue un parc attrayant pour les touristes. C'est à Mia que revient le lourd devoir de comprendre ce qui s'est passé. Simon et Mia ont grandi comme frère et sœur, éloignés de la Zone, ce quartier de Petite-Ville où ils sont nés. Après un drame personnel, ils ont chacun été adoptés par Annick, une assistante sociale engagée, au grand cœur. Cette nouvelle vie fut une chance pour eux. Aussi, la mort de Simon plonge Mia dans un douloureux deuil. Entre les souvenirs et la préparation des obsèques, Simon semble lui faire passer un message. Elle découvre qu'il tenait un journal de sa dernière enquête et qu'elle doit à tout prix le retrouver pour comprendre ce qui lui est arrivé. Ce roman est à la fois passionnant et prenant. Passionnant pour ce que dénonce Mélikah Abdelmoumen, une société gangrenée par les inégalités, le racisme et la violence. Elle nous plonge dans une société troublée, rongée par les discours des médias, détenus par les puissants qui les manipulent et les utilisent à leur guise. Elle pose également subtilement la question du transfuge de classes. Et c'est aussi un roman prenant car servi par des personnages touchants et courageux qui ne cessent de combattre et de défendre leurs idéaux. Mélikah Abdelmoumen, grâce à la profondeur de ses propos et de ses personnages, nous questionne. À quel point cette histoire est-elle dystopique ? Mais le vrai tour de force de l'autrice réside dans sa capacité à faire douter ses personnages, à les faire se remettre en question, à leur donner une voix encore plus humaniste et à laisser entrevoir le champ des possibles.

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