Bande dessinée
Claire Caland
Le Polar

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Claire Caland
Le Polar
Illustrateur(s) : Sandrine Kerion
Les Humanoïdes associés
05/03/2025
216 pages, 24,95 €
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Chronique de
Raphaël Donnay
Librairie De l'encre à l'écran (Le Guilvinec) -
❤ Lu et conseillé par
4 libraire(s)
- Laurence Behocaray de I.U.T. Carrières sociales, Université (Tours)
- Stéphane Quero de La Librairie Le BHV Marais (Paris Cedex 4)
- Nicolas Ferreira de D'un livre à l'autre (Avranches)
- Pierre-Alexis Nail de Petites Histoires entre amis (Chennevières-sur-Marne)
✒ Raphaël Donnay
(Librairie De l'encre à l'écran, Le Guilvinec)
Le nouvel opus de la collection « Histoire de… en bande dessinée » des éditions Les Humanoïdes associés se penche sur le « Polar » de ses origines à nos jours, tous supports confondus. Très populaire, ce genre fut longtemps décrié par l’intelligentsia avant d'acquérir enfin ses lettres de noblesse.
Suite à d'abondantes recherches, Claire Caland nous livre une véritable anthologie du polar, de la mythologie à la prolifération des sous-genres qui éclosent en ce début de millénaire. Après quelques tâtonnements au XIXe siècle, le véritable coup d’envoi est donné par Sir Arthur Conan Doyle avec Les Aventures de Sherlock Holmes. Les détectives amateurs vont dès lors se multiplier mais également leurs antagonistes, dont le gentleman cambrioleur Arsène Lupin. Dans les années 1920, Agatha Christie reprend le flambeau avec Hercule Poirot et Miss Marple, devenant la reine du crime, suivie de près par S. A. Steeman, les deux auteurs rivalisant d’inventivité dans leurs whodunit. Puis, venus des États-Unis, les comics font leur apparition et surtout le hard-boiled qu’impose Dashiell Hammett. Le krach de 1929 et l’arrivée du son encouragent certains studios de cinéma à recourir à ce type d’auteurs pour rédiger des scénarios, réduisant la frontière déjà poreuse entre cette littérature et le 7e art. L’Europe n’est pas en reste : Simenon flirte avec la psychologie, Nestor Burma fait ses premiers pas durant la guerre, la « Série noire » déferle peu après la Libération pour aboutir au néo-polar. L’étape suivante, le thriller, alimenté lui aussi par le cinéma, dont Alfred Hitchcock nous offre la quintessence. Au jeu de déduction originel s’ajoute le frisson. Il ne s’agit plus de suivre, stricto sensu, une enquête, mais d’être confronté à des psychopathes, à ressentir les peurs et les angoisses de leurs victimes. Les intrigues, progressant avec leur temps, sont de plus en plus noires, de plus en plus fouillées, exploitent un contexte particulier, souvent politique. Elles se lisent comme des analyses pointues des zones d’ombre de notre société. Celle-ci engendre en effet des êtres inadaptés, déviants ou traumatisés, voire des sociopathes et des tueurs en série dans les cas extrêmes. Les romans horrifiques et d’espionnage contribuent d’ailleurs à enrichir cette veine. Dans les années 1980, Umberto Eco ouvre la voie du polar médiéval avec Le Nom de la rose, avant que les mangas ne se jettent à leur tour dans la mêlée. Le dernier grand tournant dans l’évolution du genre nous vient du Nord avec Millénium de Stieg Larsson. Adoptant le classicisme de la « ligne claire » et jouant des couleurs, les planches de Sandrine Kerion permettent au lecteur de suivre les imbrications et les classifications du genre dans les différents médias. Une vulgarisation réussie, attractive, ludique et stimulante.