Polar

Gabrielle Massat

Gracier la bête

✒ Jean-Marie David-Lebret

(Librairie Goulard, Aix-en-Provence)

Avec ce quatrième roman dénonçant l’échec patent de la protection de l’enfance et qui se lit d’une traite, le souffle coupé, Gabrielle Massat s’impose comme une des nouvelles voix du polar français.

Éducateur à la villa des Prunelliers, un foyer d’accueil d’urgence pour mineurs dans le Tarn, Till Aquilina ne compte pas ses heures, consacre son existence à son métier. Il est à bout de force, au bord de l’épuisement. Son altercation un soir avec Audrey, une ado fugueuse de 14 ans, enlevée à sa mère maltraitante quand elle avait 2 ans et qui se balade de foyer en foyer, est la goutte d’eau de trop. Il décide de jeter l’éponge, de quitter le foyer et laisser les ados se débrouiller. Hélas, Audrey fugue de nouveau et se fait renverser par un chauffard. Suspendu de ses fonctions, rongé par la culpabilité et délaissant le reste du monde, l’homme rend visite à la jeune fille plongée dans un coma artificiel, tous les jours à l'hôpital. En découvrant une adresse écrite sur un Post-it dans le manteau d’Audrey, il comprend que la gamine recherchait sa mère disparue. Une mère présumée morte. Commencent pour lui des recherches parallèles qui vont presque virer à l'obsession. Il demande de l'aide à son amie pédopsychiatre et à un policier de la PJ d’Albi, Gaëtan Delmas, un ancien gamin placé. Révélée avec deux romans noirs, Le Goût du rouge à lèvres de ma mère, couronné par le prix du Meilleur Polar Points 2022 et Trente grammes, Gabrielle Massat signe un roman noir rythmé, à l’ambiance pesante mais non dénué d’humour noir, comme à son habitude. L’intrigue fait éclater colère et violence. Le roman, extrêmement bien documenté sur la protection des mineurs, rend hommage au travail des éducateurs. Les personnages sont incarnés et émouvants. C’est aussi une réflexion tragique sur ces enfants démunis à l'avenir incertain, un roman sur l’injustice du sort, sur la misère noire qui pousse à l’abandon des siens comme au crime.

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